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L'homme nouveau, n°1470, 22 mai 2010
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Browning ou le génie poétique
Le poète anglais Robert Browning (1812-1889) incarne la plénitude du génie poétique. La réédition de son chef-d'œuvre L'Anneau et le Livre coïncide avec la publication du Browning de Chesterton et de l'étude qu'Henry James, son contemporain et ami, lui consacra. Une aubaine ! » […]
La première biographie de Chesterton
Robert Browning, publié en 1903, est le premier grand livre de Chesterton, et sa première biographie. Il porte déjà la marque de son génie propre, que ce soit dans ses dons d'empathie avec son sujet, de clarté d'exposition, de sens de la formule – qui font qu'un siècle après ses monographies restent des ouvrages de référence – ou dans sa manie de donner des citations sans références (et parfois inexactes).
Robert Browning est d'abord une excellente biographie (Du Bos et Borgès l'ont trouvée la meilleure de toutes celles écrites sur le poète anglais). Mais Chesterton va bien plus loin. Les chapitres sur l'art poétique et sur la philosophie de Browning constituent des essais sagaces et argumentés qui laissent deviner le secret de l'envoûtement que procure malgré sa difficulté à la lire l'œuvre de Browning : une forme aussi adaptée que cela se peut à son fond. Chesterton insiste justement sur la complexité de l'écriture et du style et cite Wordsworth sur le couple Browning (« J'espère qu'ils se comprennent ; ils seraient bien les seuls à le faire »). Browning esprit saturé de culture classique et de grandes questions, comme son épouse, n'essaie-t-il pas de traduire dans sa poésie « ce que l'homme a cru voir », la rendant obscure à force de densité ? […]
Didier Rance
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Études, n°412/4, avril 2010
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G. K. Chesterton : Robert Browning
La voix de Robert Browning, nous dit G.K. Chesterton de façon étonnament moderne, est « abrupte, imprécise, allusive et lacunaire ». Cette biographie du « plus grand poète de la joie », Robert Browning (1812-1889), fut d'abord publiée en 1903. G.K. Chesterton (1874-1936) n'était alors qu'un jeune écrivain peu connu, et l'éditeur, Macmillan, prenait un risque en demandant à un tel auteur de contribuer à sa série « Les hommes de lettres anglaises ». Contre toute attente, le livre rencontra un énorme succès. Cette biographie, ou monographie, comporte une dimension autobiographique, G.K. Chesterton y mettant beaucoup de lui-même ; le biographe, polémiste né, voyait sans doute dans l'immense combativité de R. Browning un reflet de la sienne. Poète lui-même, il analyse de façon passionnante, mais sans entrer dans les détails techniques, les qualités et bizarreries métriques et rythmiques de la poésie de R. Browning. Pour en souligner la singularité, il va jusqu'à réécrire en browningien des vers de Tennyson, ou à pasticher quelques vers de R. Browning en style « poétique ». G.K. Chesterton est également sensible aux questions morales qui sous-tendent certains poèmes. Par ses fameux monologues dramatiques, R. Browning donne la parole aux hypocrites et aux médiocres : il leur donne d'exprimer leur part de vérité et de bonté. « Une sorte de policier cosmique qui pénétrait dans les officines les plus infâmes et taxait publiquement de vertu les canailles », irrésistible !
Adrian Grafe
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La Nef, 1 janvier 2010
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Robert Browning
La littérature est aujourd'hui encore un domaine où la grâce est visible et palpable, débouchant parfois sur cette Joie dont parlais C.S. Lewis et qu'il définissait comme une sensation de désir insatisfait, mais dont l'insatisfaction même est plus désirable que tout sentiment de contentement. Ne le cachons pas, au risque de paraître un rien enflammé : j'ai éprouvé de cette joie en apprenant la parution, chez un éditeur alors inconnu, de la monographie de Chesterton sur Robert Browning. Un véritable rendez-vous de la littérature !
Robert Browning est certainement bien oublié aujourd'hui en France, et peut-être l'est-il en Angleterre même. Dans son Cours de littérature anglaise (Seuil), Jorge Luis Borges écrit de ce grand poète anglais du XIXe siècle qui'il a « vraiment dominé le vers anglais ». Quand Chesterton s'attaque à ce monument de la littérature victorienne, c'est encore un jeune homme de 29 ans, qui a déjà derrière lui, cependant, quelques poèmes et des recueils d'articles littéraires. Mais d'emblée, il se hausse à la hauteur de son sujet, bouscule sans crainte les respectables approches des « spécialistes » du poète et volatilise d'un coup toute tentative de statufier Browning.
Le meilleur Chesterton
À son habitude, peu de dates – Chesterton sera toute sa vie fâché avec le temps – mais une connaissance profonde de l'œuvre liée à une géniale intuition de l'être même de celui qu'il présente. Et quelle assurance ! La lecture de ce petit bijou de la littérature, qui l'est par le sujet traité et par l'écriture de Chesterton, transporte le lecteur, page après page. Au point que l'on se demande comment un livre écrit en 1903 peut être encore aussi vivant. Borges ne s'y est d'ailleurs pas trompé, et on peut lui accorder toute notre confiance en ce domaine : « Il est possible que le meilleur livre sur Browning, le plus agréable à lire également, soit un livre que Chesterton a écrit dans la première décennie de ce siècle. » On ne saurait mieux dire.
Vous m'objecterez que vous ne connaissez pas Browning et qu'un poète anglais, vu par un écrivain anglais… Peut-être ! Mais alors ne parlons plus de civilisation européenne, ne nous gaussons en prétendant défendre la culture. Avec ce livre, vous connaîtrez non seulement Browning, mais vous goûterez aussi du meilleur Chesterton. Vous ne participerez pas non plus à la réduction du livre en un simple objet marchand. Le Bruit du temps est un éditeur qui aime les livres – chose devenue si rare aujourd'hui qu'il faut bien le souligner – et qui a pris le risque d'offrir au public des trésors de la littérature, formant comme une constellation autour d'un même écrivain. Pour cet ouvrage, il a pris le soin de réaliser une nouvelle traduction qui se lit avec une réelle facilité. Au-delà du texte de Chestrton, il propose une introduction éclairante ainsi qu'un index qui permet de se promener aisément dans l'univers anglais de Browning, le tout complété des références des vers cités par Chesterton. Un livre parfait, indispensable à votre bibliothèque.
Philippe Maxence
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Un nommé Chesterton, 19 décembre 2009
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À propos du Browning de Chesterton
Cette splendide monographie consacrée au poète anglais Robert Browning et écrite par Chesterton en 1903 – il avait 29 ans – vient d’être rééditée, avec une nouvelle traduction, par les éditions Le Bruit du temps.
Cette édition est une parfaite réussite tant par les qualités de la traduction, limpide en même temps que dans le ton de l’auteur, que par celles de l’objet en lui-même. Enfin un éditeur qui réédite un texte en donnant un avertissement digne de ce nom et qui remet le livre dans son contexte et en donne les grandes lignes historiques.
Enfin un éditeur qui offre un index qui permet au lecteur français du XXIe siècle de ne pas patauger trop longtemps, au risque de se décourager dans les noms et les allusions d’une autre époque.
Enfin un éditeur qui n’hésite pas à consacrer du temps pour une infime partie de son lectorat en lui offrant le texte d’origine des vers cités par Chesterton et traduits en français.
http://chesterton.over-blog.com/article-a-propos-du-browning-de-chesterton--41448384.html
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La Croix, 17 décembre 2009
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La leçon de lecture de Browning par Chesterton
Lorsque deux esprits éminents se rencontrent
C'est presque une gageure pour le critique… Quels arguments va-t-il trouver pour convaincre le lecteur français d'aujourd'hui de lire sans tarder la biographie du poète victorien Robert Browning (1812-1889) écrite par un autre anglais, G.K. Chesterton (1874-1936) ? Qui plus est un livre de commande, l'un des premiers du créateur du Père Brown, publié en 1903. Pas de quoi rameuter les foules, dira-t-on. Or, ce livre est une manière de chef-d'œuvre qui, dès les premières pages, met l'esprit du lecteur en éveil et en fête.
Le même éditeur, Le Bruit du temps, avait, pour inaugurer son catalogue au début de cette année, publié, en bilingue, le maître livre de Browning, L'Anneau et le Livre. Près de 1 500 pages, plus de 20 000 vers, de ce que Chesterton justement définissait comme « la grande épopée du XXe siècle » ou « la grande épopée de l'énorme importance des petites choses », ou encore « la formidable amplification d'un petit sujet ». La timidité que l'on peut éprouver devant une telle œuvre – que l'auteur plaçait dans la lignée de L'Iliade et de La Divine Comédie – trouvera un excellent remède dans la biographie dont nous parlons, introduction à l'œuvre de Browning en même temps que préface à The Ring and the Book.
Une biographie, donc, mais sans les lourdeurs et les contraintes que l'on a l'habitude d'attacher au genre. Un découpage classique (la jeunesse, le mariage, la maturité, l'art poétique…) mais pas de date, ou presque. Pas d'anecdotes, de ragots, de reconstitutions d'époque, de manie du détail. À la place, un tableau aux vastes et belles proportions, admiratif et sans complaisance, des hypothèses audacieuses, des rapprochements inattendus, de féconds paradoxes, une foule d'analyses et des interrogations sur le pourquoi et le comment de la littérature… Et même des conseils très utiles pour « tous les hommes de lettres qui ne veulent pas sacrifier l'homme en ne gardant que les lettres ».
Patrick Kéchichian
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Un nommé Chesterton, 25 novembre 2009
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Sur le site Fabula, la recherche en littérature, Laurent Folliot consacre un long article à la publication dans une édition bilingue de L’Anneau et le Livre de Robert Browning aux éditions Le Bruit du temps. Dans cet article, Laurent Folliot fait directement référence à Chesterton ou plus exactement signale que Georges Connes cite l'étude de Chesterton sur Browning :
« Il cite longuement, à cet effet, l’ouvrage consacré au poète par G. K. Chesterton, qui situe la grandeur de Browning dans l’assomption littéraire de l’insignifiant — on se trouverait ainsi d’accord avec les idées de Jacques Rancière sur l’esthétique moderne comme redistribution du sensible — et aussi dans la traduction artistique radicale de cette exigence première de la modernité qu’est la liberté de parole : tout point de vue demande à être entendu, fût-ce celui du Mal. »
C'est l'occasion de signaler que le même éditeur, poursuivant un travail remarquable, publie également la biogaphie de Chesterton sur Browning, dans une édition de grande qualité. C'est un véritable événement qu'il faut saluer et sur lequel nous reviendrons évidemment. L'éditeur a choisi – à raison selon nous – de demander une nouvelle traduction, en y ajoutant l'index qui était présent dans l'édition anglaise et qui avait été omis dans l'édition Gallimard. L'éditeur a aussi ajouté les textes anglais et les références des vers cités par Chesterton. Sans les erreurs de Chesterton qui avait la mauvaise habitude de citer de mémoire…
On trouvera une présentation de cette étude de Chesterton sur le site de l'éditeur. Allez-y et surtout procurez-vous le livre. Un grand moment de bonheur et de littérature.
http://chesterton.over-blog.com/categorie-10398313.html
