Quatuor
Domaine : Français

Quatuor

Emmanuel Moses

16,00€

Par le titre qu’il a choisi, Emmanuel Moses place d’emblée son poème dans la lignée la plus exigeante, qu’il s’agisse du genre musical qui a donné à la musique de chambre ses plus hauts chefs d’œuvre ou des Four Quartets, le recueil du poète anglais T. S. Eliot qui, déjà, se référait à la musique et à sa capacité d’ « entretisser plusieurs thèmes qui, superficiellement, ne semblent pas liés ». Et de fait, comme ceux de son illsutre devancier, le Quatuor d’Emma- nuel Moses est une sorte de méditation philosophique en quatre mouvements. Il y est question du hasard et de l’émerveillement de la rencontre, amoureuse ou non (premier mouvement) ; du temps, de notre incapacité à le saisir, et des attitudes possibles face à lui : la différence, la distinction d’où procèdent toutes les choses créées ou l’indifférence qui relève sans doute de la divinité (deuxième mouvement) ; de la mémoire et des souvenirs personnels ou histo- riques évoqués au fil des rues de Jérusalem ou de Paris qu’arpente le poète (troisième mouvement) ; de l’amour enfin, qui est comme un feu qui semble pouvoir suspendre le temps, et de sa proximité avec la mort (quatrième mouvement).

Si l’intitulé évoque T. S. Eliot, ce Quatuor est en réalité — par la simplicité du ton, par la manière de s’adresser directement à son lecteur ou aux amis proches (Micha et Franck Venaille apparaissent au passage) — plus proche d’un lyrisme qui a ses origines chez Whitman, Pessoa ou Larbaud (« Soyons poètes dans les hôtels ! »). Mais ce qui séduit sans doute le plus, dans tout le poème, ce sont les très émouvants passages où Emmanuel Moses évoque concrètement des lieux, des paysages (qu’il s’agisse d’une promenade dans Jérusalem, ou de l’évocation d’un coucher de soleil en Essonne) dans une sorte de cantique de la terre qui fait penser — sans doute en raison d’une fréquentation commune de la Bible — aux grandes odes ou la Cantate à trois voix de Claudel. Aucune foi affirmée, cependant, dans ce lyrisme : le monde est un théâtre sans auteur, comme chez Beckett, tout tourne autour « d’une énigme impossible à déchiffrer », et de ce mystère que les mots ne parviennent pas à dire évoqué dans l’épigraphe de Burns Singer. Mais cette « absence du souffleur » (et même de l’auteur) est garante, pour le livret de nos existences, d’une merveilleuse liberté, dont l’amour, tel que le personnifient au théâtre Arlequin et Colombine, est la forme la plus réjouissante.

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