Paul Valéry, Le Yalou
Domaine : Français

Paul Valéry, Le Yalou

Paul Valéry

Mise en vente : 20 novembre 2020

13,00€

Le texte qui justifie la publication de ce petit volume est un texte singulier, insolite, écrit par Paul Valéry, alors âgé de 25 ans, en 1896, au moment où paraît La Soirée avec Monsieur Teste. Cette courte prose, à la frontière de l’essai et du poème, est née d’un événement de 1894 — la bataille navale du Yalou au cours de laquelle la Chine fut défaite par le Japon déjà fortement occidentalisé — et de la lecture d’un essai de Lafcadio Hearn, « The Japanese Smile », que Valéry cite en épigraphe de ces pages. Passionné depuis longtemps par tout ce qui touche aux choses de la mer, le jeune homme voit alors son intérêt s’éveiller pour les rapports de force qui régissent les grandes puissances et agitent le monde en cette fin du xixsiècle. Dans ce choc entre la Chine et le Japon, c’est en réalité l’opposition Orient/Occident qui l’intéresse. Pour mettre en forme les réflexions que lui inspire l’essai de Hearn, Valéry imagine la rencontre en Chine, au bord de la mer, d’un narrateur occidental (qui parle à la première personne, comme s’il s’agissait de l’auteur lui-même), et d’un lettré chinois, qui lui expose les raisons pour lesquelles l’Occident aurait tort de voir dans cette défaite appa- rente de la Chine une preuve de sa propre supériorité sur l’Orient, bien au contraire. Dans les pages d’« Orient et Occident » qui complètent ce volume, Valéry reprend, un quart de siècle plus tard, cette idée d’une opposition entre la société occidentale, soumise à la loi de l’accélération, et la Chine, dont l’apparente inertie dissimule quelque chose de plus puissant que la « maladie d’inventions » des Occidentaux. Mais ce qui fait la richesse et le charme particulier du texte de jeunesse, c’est qu’il s’agit aussi d’une sorte de poème en prose. Écrit dans un style « à demi abstrait, à demi impressionniste », on peut le lire comme un « Monsieur Teste en Chine » et voir en filigrane, derrière l’éloge du lettré chinois, celui de son maître Mallarmé, cet être « qui eut les plus grands dons pour n’en rien faire » sinon les explosions d’étoiles de ses poèmes, à l’instar de la Chine qui a « inventé la poudre, pour brandir, le soir, des fusées. » Plus proche des « Notes sur la grandeur et la décadence de l’Europe » et de « La Crise de l’esprit », « Orient et Occident » développe la même idée dans une autre direction, combien plus actuelle, en s’inquiétant de ce que pourra être le nouvel équilibre du monde, dès lors que les Chinois auront été tirés de leur sommeil.

Davantage qu’une préface, l’essai introductif de Florence de Lussy, d’une grande richesse d’érudition et de finesse interprétative, nous aide à entendre toutes les implications de ces quelques pages peu connues de Valéry.
Son édition est complétée en annexe par une « Vie extraordinaire de Tcheng Cheng », l’ami chinois de Valéry, auteur du livre auquel « Orient et Occident » avait servi de préface et par une traduction des pages tirées de l’essai de Lafcadio Hearn, que Valéry avait lues dans un numéro de mai 1893 de la revue 
Atlantic Monthly.

Florence de Lussy est conservateur général honoraire au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Elle fut le maître d’œuvre de la publication des Œuvres complètes de Simone Weil aux édi- tions Gallimard pour les dix premiers volumes, et du choix d’Œuvres du même auteur paru dans la collection « Quarto ». On lui doit également de précieuses études sur les manuscrits de Paul Valéry.

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