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L'Anneau et le Livre
Robert Browning  

Robert Browing, l'Anneau et le Livre

Par une belle journée de juin 1860, à Florence, où il réside depuis plus de dix ans, Robert Browning achète à un bouquiniste de la place San Lorenzo un «vieux livre jaune» qui réunit les documents relatifs à un procès pour meurtre qui se tint à Rome en 1698 et devait lui inspirer les 21000 vers de son long poème narratif, The Ring and the Book.

Pourquoi Robert Browning se passionne-t-il immédiatement pour l’affaire Franceschini ? Est-ce parce que l’histoire de la fuite du beau prêtre Caponsacchi et de la jeune Pompilia, qui tentent d’échapper au terrible Guido Franceschini, fait écho à sa propre hardiesse, lorsqu’il enleva Elizabeth Barrett pour la sauver des griffes de son père, et l’épouser en secret en 1846 ? Sans doute, mais il y a plus : l’histoire grotesque de ce triple meurtre est une formidable démonstration des thèmes qui lui sont chers.
Reprenant la matière du « Vieux Livre Jaune », Browning décide de raconter l’histoire de Guido et Pompilia du point de vue des différents protagonistes de l’affaire, en douze monologues dramatiques, un genre dont il est le maître incontesté.
Dans le premier, « L’Anneau et le Livre», le poète expose une première fois l’affaire, mais aussi son propre projet et sa méthode. Suivent dix monologues dans lesquels on entend successivement les voix du peuple de Rome, partagé pour moitié entre les partisans de l’assassin et ses accusateurs ; la noblesse romaine et ses dignitaires de haut rang ; le comte Guido Franceschini, mari cruel et jaloux, qui a assassiné sa jeune femme Pompilia et ses beaux-parents, Violante et Pietro Comparini ; le jeune et beau prêtre Giuseppe Caponsacchi qui a tenté en vain de sauver la pauvre femme ; Pompilia elle-même, qui agonise quatre jours durant après avoir reçu vingt-deux coups de poignard de la main de son mari, et se confesse sur son lit de mort ; les avocats des deux parties, Arcangeli et Bottini, qui s’affrontent à coups de prouesses rhétoriques et multiplient les arguties ; enfin le vieux pape Innocent XII en personne, à qui la défense a fait appel en dernier recours pour tenter de sauver la tête de l’assassin et de ses quatre complices. La voix du poète résonne à nouveau dans le douzième et dernier livre, « Le Livre et l’Anneau », avant de s’éteindre sur un vibrant hommage à sa femme, la poétesse Elizabeth Barrett Browning.
Le livre, dont les quatre volumes paraissent entre novembre 1868 et février 1869, rencontre un succès considérable auprès du public anglais. La critique parle de chef-d’œuvre du siècle et fait de Browning le digne héritier de Shakespeare.

Comment expliquer un tel enthousiasme ? Il y a évidemment l’affaire criminelle elle-même, riche en péripéties et rebondissements, pour laquelle le lecteur se passionne d’emblée et est tenu en haleine jusqu’à la dernière ligne – les zones d’ombre s’éclairant d’un monologue l’autre jusqu’à lever le voile. Il y a l’ampleur et le souffle de l’expression poétique, l’intensité et l’originalité de la narration de Robert Browning, des vers d’une beauté et d’une force étourdissantes, qui répondent à une maîtrise rythmique et dramatique rarement égalée, le grotesque et l’humour permettant une respiration là où la tension devient insoutenable. On est emporté, dominé par la force narrative et l’imagination du poète. On y retrouve les thèmes qui lui sont chers et qui nous parlent : la nature de la vérité, la justesse de la perception humaine, les dilemmes et contradictions inhérents à la nature humaine, Browning s’interrogeant sur le rôle et la valeur du poète lorsqu’il s’agit de trouver l’expression poétique propre à les refléter pour que les yeux du lecteur puissent voir. Et c’est une peinture acerbe de la société du XVIIe siècle – le statut de la femme, les violences domestiques, les lois sur le mariage et l’héritage, la responsabilité du clergé, l’importance accordée à l’honneur – et des extrémités auxquelles elle conduit.

Georges Connes entreprend la traduction de The Ring and the Book au beau milieu de la guerre, en 1942. Il l’achève un an et demi plus tard, sous l’Occupation, et, passionné par son sujet, rédige une longue Étude documentaire destinée à l’accompagner. Confié à Raymond Queneau juste après la guerre, le manuscrit est perdu à Bruxelles et retrouvé des années plus tard pour être publié en 1959 par les éditions Gallimard. Le livre n’avait jamais été réédité depuis.

En savoir plus sur la traduction de L’Anneau et le Livre

À lire également : Henry James, Sur Robert Browning. La Vie privée, nouvelle suivie de deux essais, traduit de l’anglais par Jean Pavans.



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Édition bilingue

Traduction de l’anglais
et étude documentaire
par Georges Connes


Préface de Marc Porée

Relié sous jaquette
Format : 135 x 205
1424 pages • 39,60 euros


ISBN : 978-2-35873-001-3
Mise en vente : 17 mars 2009