Dossier de presse
artpress, n°386, février 2012 Isaac Babel, l'étoile vagabonde
En cette époque trop souvent frileuse et assoiffée de rentabilité à court terme, signalons le formidable travail qu'effectuent les éditions Le Bruit du temps, consacrant leur énergie à faire vivre ou revivre des œuvres oubliées ou négligées de grands auteurs du monde entier […]. Derrière le rideau de l'oubli – ou de l'inculture –, une étoile immense scintille : Isaac Babel […] n'est pas un écrivain d'imagination, mais un de ceux qui vont sur le motif et mettent leur peau sur la table. Sa vie, intense, trop brève, prise dans les convulsions de l'histoire, fait, avec son sens aigu de l'observation, la matière de ses écrits.
Olivier Renault
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Le Matricule des anges, n°129, janvier 2012 Les hauts de Babel Orfèvre de la forme brève, Isaac Babel (1894-1940) s'est très tôt engagé dans une oeuvre à laquelle la terreur stalinienne a brutalement mis un terme. Grâce aux éditions Le Bruit du temps, elle est désormais entièrement accessible en français.
L'édition des oeuvres complètes d'Isaac Babel, figure majeure des lettres russes du siècle dernier, est un acte qui ne manque pas de panache. […] Mais la livraison en un seul volume de l'intégralité de la production littéraire disponible de l'écrivain (intégrant son théâtre et ses scénarios de cinéma) dans une traduction nouvelle de Sophie Benech est un évènement qui devrait faire date. […] La présence de nombreux textes de Babel inédits en français, articles, entretiens, interventions permet de mieux saisir comment s'est forgé au cours de sa brève existence ce que l'on pourrait appeler son art prosaïque : le souci constant du style, l'amour de la prose. […]
Jean Laurenti
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Le Monde des Livres, 23 décembre 2011 Isaac Babel, le démystificateur « Nous ressemblons à des mouches en septembre, tout dolents, comme si nous devions bientôt rendre l'âme. Nous sommes l'assemblée des chômeurs de Petrograd. » […] Je pourrais, au lieu de raconter en quelques lignes rapides et vagues le destin terrible d'Isaac Babel, son univers rocambolesque, entre cosaques rouges et blancs, ghetto, auberges juives et champs de bataille, avec un nourrisson qui braille, un tas d'infirmières résignées, des matrones infatigables entourées d'innombrables vieillards, je pourrais recopier quelques-unes de ces premières phrases qui me coupent le souffle. Laisser place à l'éclat aveuglant de son style. […] Comme il l'écrit à la fin de « Mes premiers honoraires » : « J'ai vu pour la première fois les choses qui m'entouraient comme elles étaient en réalité : apaisées et d'une beauté ineffable. »
Geneviève Brisac
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Stalker, 19 décembre 2011 Autour de Robert Browning Il y a tout de même, encore, de petits éditeurs qui sont grands par les livres qu'ils éditent. L'un de ces petits éditeurs, Le Bruit du temps est, si j'en juge par son catalogue tout à fait remarquable et cohérent, l'un des meilleurs de France. […] ayant ainsi publié L'Anneau et le Livre de Robert Browning, un prodigieux ouvrage hélas méconnu des lecteurs français qui décrit un même fait divers par le biais de plusieurs témoins, Antoine Jacottet a eu l'intelligence de publier plusieurs ouvrages évoquant Browning, où l'auteur et son œuvre sont diffractés par de multiples prismes, qu'il s'agisse d'une biographie (Robert Browning) de Chesterton, d'une biographie encore, mais d'un genre spécial puisqu'elle est consacrée à l'épagneul d'Elizabeth Barrett Browning (Flush), des Sonnets portugais de cette dernière ou enfin de trois textes, dont une nouvelle précieuse et énigmatique, d'Henry James évoquant le merveilleux écrivain (Sur Robert Browning). […]
Juan Asensio
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Lire, décembre 2011-janvier 2012 Babel contre Goliath C'est l'histoire d'un enfant d'Odessa qui connut dans son pays une gloire foudroyante, entra au purgatoire et fut réduit au silence avant d'être fusillé par les hommes du NKVD, en 1940. […] il se disait intoxiqué par la Russie. L'âme de cette terre ne cesse de vibrer dans ses livres, avec tous ses paradoxes, avec ses aspirations sublimes, sa folle démesure, ses excès diaboliques. Lire Babel, c'est entendre le tonnerre gronder dans les tréfonds de l'humanité. Il secoue les pages hallucinantes de Cavalerie rouge où l'on voit les cosaques du général Boudionny foncer dans les plaines tels des centaures abreuvés de sang. La sauvagerie sert d'étendard et c'est un office des ténèbres qu'orchestre Babel dans ce livre qui reste l'une des épopées les plus magistrales des lettres russes. […] À la gueule toujours ouverte de l'hydre stalinienne, il a résisté en s'exilant dans le fragile refuge de la langue russe, une langue qu'il ne cessa d'élaguer et de polir. […] Cette passion pour le style fut la seule arme de Babel, le cavalier rouge qui nous revient aujourd'hui sabre au clair, rescapé des enfers.
André Clavel
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Rue 89, 10 décembre 2011 Les œuvres complètes d'Isaac Babel, écrivain russe fulgurant
[…] Des petits récits (ou articles), autant de chroniques au rasoir, sèches par leur brièveté, mais incandescentes par leur rythme et la déflagration de leurs métaphores. Pas de romans interminables à la Tolstoï, pas d'exploration des sentiments aux mille circonvolutions à la Dostoïevski, pas de petite musique tchékhovienne. Babel, « c'est du brutal », comme diraient « les Tontons flingueurs ». De l'alcool concentré, du tranché vif. Babel est un écrivain qui sait allier l'immédiat du qui-vive au temps hors temps du légendaire. […]
J.-P. Thibaudat
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La Liberté, 3 décembre 2011 Redécouvrir Isaac Babel Comme son mentor Maxime Gorki, Isaac Babel s'est rallié à la révolution d'Octobre. Un engagement qui l'a amené à suivre l'armée Rouge dans sa campagne de Pologne en 1920, au temps de la guerre civile.. […] De cet auteur souvent truculent, et finalement mal connu chez nous, les éditions Le Bruit du temps nous offrent un fort volume d'œuvres complètes [qui] devrait réveiller l'intérêt pour cet écrivain à l'ironie sensuelle, dont l'œuvre a été réhabilité après la mort de Staline.
Alain Favarger
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Le Nouvel Observateur, 1-7 décembre 2011 Coup de cœur : Retour de Babel « Je suis intoxiqué par la Russie, je ne pense qu'à la Russie », déclarait Isaac Babel à un ami russe, en 1927. Écrivain juif né en 1894 à Odessa, cet élève de Gorki, dont les textes sont pour la première fois disponibles en France dans leur intégralité connue (beaucoup de manuscrits furent, semble-t-il, détruits par le NKVD au moment de son arrestation), et qu'on connaît surtout pour Cavalerie rouge, fut aussi bien l'un des pionniers du journalisme littéraire qu'un observateur hors pair, à la Maupassant, de la réalité russe dans les années 20. […]
Didier Jacob
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La Quinzaine littéraire, 1-15 décembre 2011 « Une flamme qui pense » : Zbigniew Herbert C'est un événement à saluer : les éditions Le Bruit du temps (dirigées par Antoine Jaccottet) entreprennent de publier la traduction des œuvres complètes du grand Polonais Zbigniew Herbert. Voici, en partie donnée, en partie promise au lecteur, l'une des œuvres poétiques les plus rayonnantes et les plus représentatives de la seconde moitié du XXe siècle européen. La quasi-perfection de beaucoup des poèmes d'Herbert ne peut faire oublier le fond de violence historique sur lequel ils s'enlèvent et dont leur réalisation est, dans le moindre détail, indétachable. […]
Claude Mouchard
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La Quinzaine littéraire, 1-15 décembre 2011 Maupassant d'Odessa « Tout chez Babel, exprimait la curiosité – son port de tête, sa bouche, son menton et surtout ses yeux. On ne voit pas souvent une aussi franche curiosité dans le regard d’un adulte. J’avais le sentiment que la principale force qui l’animait, c’était la curiosité effrénée avec laquelle il scrutait la vie et les gens. » Ainsi Nadiejda Mandelstam se rappelle-t-elle l’écrivain dont le visage apparaît en couverture de l’édition que lui consacrent les éditions Le bruit du temps. Sans être un inconnu, Isaac Babel est un auteur mal connu. Certes, on a lu en France ses Contes d’Odessa et Cavalerie rouge et ce, dès les années trente, chez Rieder, mais une certaine confusion régnait dans la publication et dans les traductions. Toutes choses auxquelles remédie cette édition des œuvres complètes. C’est le fruit du long travail de traduction mené par la seule Sophie Benech […].
Norbert Czarny
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Hippocampe, n°6, novembre 2011 dans l'air perdu : proses poétiques du présent « Deux poètes, deux poésies : / celle qui s'élabore tandis que le héros reste muet, les mots du silence, celle qui emboîte la parole au héros. » […] Dix ans après le décès d'André du Bouchet, les éditions Le Bruit du temps publient ces deux magnifiques volumes de quelques trois cents pages chacun, et on y trouve aussi l'édition bilingue de Henry VIII de Shakespeare, traduit par André du Bouchet. […]
Ariane Lüthi
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Libération, Cahier Livres, 17 novembre 2011 Isaac Babel ou ceux que les Soviets suppriment Isaac Babel est né à Odessa en 1894 et a été exécuté en 1940 : vu ce qu'est son œuvre et ce que furent les relations des autorités soviétiques avec les écrivains, il est étonnant qu'il ait survécu aussi longtemps. Babel n'a écrit aucun roman, du moins qui ait été conservé, et ces Œuvres complètes regroupent donc surtout ses nouvelles, qui ont fait sa gloire, mais aussi des scénarios, des pièces de théâtre, quelques articles pour la presse bolchevique et quelques interventions sur le métier d'écrivain. […] La langue de Babel est si originale, à la fois inventive, saugrenue et incorrecte selon la traductrice, qu'il a longtemps été considéré intraduisible […].
Mathieu Lindon
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L'Express, n°3149, 9 novembre 2011 Babel cavalier seul Sous Staline, les écrivains mouraient deux fois : la première, face au peloton d'exécution (ou au goulag), la seconde, victimes de l'oubli. Isaac Babel (1894-1940), considéré comme l'un des plus grands écrivains russes du XXe siècle, gloire littéraire, au début des années 1920, pour Cavalerie Rouge – récit de la campagne de Pologne, qu'il suivit comme correspondant de guerre – et ses Récits d'Odessa, portés aux nues par Thomas Mann et par Hermann Hesse, n'a pas échappé à ce destin. Arrêté au petit matin du 15 mai 1939 par les hommes du NKVD, accusé d'espionnage (au profit de Malraux !) et de “trotskisme”, il dénonce sous la torture des amis proches, avant de se rétracter et d'être fusillé à l'âge de 45 ans. […]
Emmanuel Hecht
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Télérama, n°3226, 12-18 novembre 2011 L'événement Arrêté en mai 1939, fusillé huit mois plus tard, Isaac Babel (1894-1940) subit, comme nombre d'écrivains soviétiques, la folie meurtrière du stalinisme. La réédition de l'intégrale de ses œuvres, superbement traduites par Sophie Benech, permet de redécouvrir un magnifique auteur réhabilité en 1954, un an après la mort de Staline. Plongé dans les turbulences du début du XXe siècle russe, Babel a su restituer les images dont il fut à la fois le témoin et l'acteur dans une série de textes où la violence et la cruauté voisinent avec des scènes de tous les jours. Ses récits éclatés, les tableaux qu'il dresse de son enfance à Odessa, les instantanés des rues pétersbourgeoises, les reportages qu'il effectua au sein de l'armée Rouge sont des documents historiques et de prodigieux morceaux d'épopée embellis par un sens inné de la poésie. […]
Gilles Heuré
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Livres Hebdo, n°884, 4 novembre 2011 Le tour de Babel […] Le Bruit du temps propose la première édition intégrale en français de l'œuvre d'Isaac Babel. Né en 1894 dans une famille juive d'Odessa, fusillé en 1940 à Moscou sur ordre de Staline et de Beria, son exécuteur des basses œuvres, l'écrivain est connu essentiellement pour son recueil Cavalerie rouge (paru en 1926 et en 1931, dans une édition augmentée) et ses Contes d'Odessa (1931). Il est aujourd'hui considéré par la critique comme le plus grand prosateur de la littérature russe dans la première moitié du XXe siècle. C'est un auteur d'une absolue singularité, qui mérite vraiment de sortir de son ghetto. […]
Jean-Claude Perrier
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Le Magazine littéraire, n°513, novembre 2011 Corde de lumière, de Zbigniew Herbert Le hasard fait bien les choses : au moment où l’on célèbre le centenaire du grand poète polonais Czesaw Milosz, un éditeur exemplaire se lance dans la publication d’une traduction intégrale des poèmes de Zbigniew Herbert (1924-1998), autre très grand poète polonais, dont Milosz fut l’ami et qu’il traduisit en anglais. […] En se lançant seule dans une traduction intégrale, Brigitte Gautier comble une lacune et respecte la cohérence de l’œuvre, l’une des plus considérables de son temps. La traduction est magnifique. […] D’une extrême économie de moyens dans des poèmes en vers pourtant parfois assez longs, Herbert a aussi cultivé un type de poème en prose très court, souvent en forme de fable à l’ironie mordante, où s’exprime son sentiment tragique de la vie. La traduction de cette œuvre majeure est un événement à ne pas manquer.
Jean-Yves Masson
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La Liberté, 29 octobre 2011 Redonner une innocence au langage Zbigniew Herbert. Figure majeure de la poésie polonaise de l'après-guerre, l'écrivain est ressuscité dans une belle édition pleine de ferveur et de sensualité. Une vraie découverte.
Né à Lvov en 1924 dans la partie orientale de la Pologne, annexée en 1945 par l'URSS, Zbigniew Herbert est un illustre inconnu pour la plupart des lecteurs francophones. Pourtant l'écrivain a passé plusieurs années d'exil en France, où quelques volumes isolés de son œuvre sont sortis. Or le poète, qui avait fait ses débuts en 1956 dans la Pologne du dégel avec son recueil phare, Corde de lumière, était plus apprécié de ses pairs à l'étranger, tels les nobélisés Joseph Brodsky ou Seamus Heaney, qu'au pays de Francis Ponge. C'est dire l'intérêt que représente l'entreprise, lancée par les éditions Le Bruit du temps, de publier en version bilingue les œuvres poétiques complètes de Zbigniew Herbert […].
Alain Favarger
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La Liberté, 29 octobre 2011 Retour magique à l'Antiquité Exilé en Occident dès les années 1970, Zbigniew Herbert a beaucoup sillonné la France, mais aussi l'Italie, la Grèce, l'Angleterre ou les Pays-Bas. Fasciné par l'Antiquité, ce berceau de l'humanisme, il lui a consacré un bel essai, Le Labyrinthe au bord de la mer, publié de manière posthume en Pologne en 2000 et resté inédit jusqu'à aujourdh'ui en français. L'écrivain y évoque la civilisation minoenne, l'ombre inquiétante du Minotaure, la Grèce d'Homère ou le siècle de Périclès, mais aussi les mystères des Étrusques ou l'extraordinaire mur d'Hadrien marquant les limites de l'expansion romaine en Grande-Bretagne. Et ce livre procure un vrai enchantement, tant l'auteur a su sublimer son érudition par un récit subtil, entraînant […].
Alain Favarger
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Stalker, 29 octobre 2011 Le Timbre égyptien, d'Ossip Mandelstam Le remarquable éditeur qu'est Antoine Jaccottet nous permet, une fois de plus, de découvrir ou redécouvrir un texte étonnant, déroutant à bien des égards, qui lui permet également d'honorer le nom même qui est le sien, Le Bruit du temps étant un des textes les plus connus d'Ossip (Émiliévitch) Mandelstam. Le Timbre égyptien a été écrit par le maître de l'acméisme, mort, à bout de résistance physique et psychique, durant le transfert ordonné par les autorités soviétiques dans un camp de travaux forcés de la Sibérie orientale, alors même qu'il était revenu en mai 1937 à Moscou, après trois années d'exil passées à Tcherdyn dans l'Oural, le pouvoir n'ayant visiblement pas toléré qu'un écrivain ose publier un poème satirique sur Staline. […]
Juan Asensio
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Le Monde des Livres, 21 octobre 2011 Tout droit vers la lumière Donc il est entendu que nous ne lirons plus de poésie. […] J'aimerais vous demander pourtant de vous entraîner chez vous à prononcer correctement Zbigniew puis, cela acquis, vous inviter à réclamer d'une voix sûre à votre libraire Corde de lumière, premier volume (deux autres suivront) des oeuvres poétiques complètes du Polonais Zbigniew Herbert (1924-1998) dont les éditions Le Bruit du temps et Brigitte Gautier, sa traductrice, entreprennent aujourd'hui la publication. […] Le langage aussi s'y ressource et s'y retrempe. De là sans doute cette écriture claire, comme lavée de tout soupçon de mensonge, dont les frémissements délicats trahissent une musculature puissante, et qui va droit à la lumière, avec un instinct sûr, pour réconcilier l'homme et sa terre. Et, en effet, « que serait le monde / s'il n'était plein / de l'incessant va-et-vient du poète / parmi les pierres et les oiseaux » ?
Le feuilleton d'Éric Chevillard
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Cinquième Secousse, octobre 2011 Retour au Japon Henri Cole, qui est né au Japon, y retourne à la mort de son père et s’y fond dans la nature, au pied des collines du nord de Kyoto. Celui qui, adolescent, avait vécu dans une cabane aménagée dans un arbre pour échapper aux déchirements familiaux, s’y affronte aux bêtes et aux choses – et à lui-même. […] Si, dans la contemplation, le moi brisé semble retrouver un instant l’unité, si la beauté semble parfois guérir l’âme « brouillée par la chair », ce répit n’est qu’une illusion.
Gérard Cartier
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Revue des études slaves, LXXXII/2, octobre 2011 Histoire d'une intelligence
Tous les Polonais cultivés et les spécialistes de culture polonaise connaissent l'œuvre inspirante du critique Stanislaw Brzozowski (né en 1878, en Pologne alors russe – 1911), qui, une fois installé en Galicie alors austro-hongroise puis à Florence, devint à la fois romancier et inventeur d'une critique littéraire « philosophique ». […] La confrontation avec les livres est ici décisive : cette transformation de la note de lecture en révélateur de l'intimité de la pensée révèle dans le genre littéraire du journal, au-delà du détail biographique et même de l'introspection, une dimension nouménale, qui participe donc à plein à la découverte bouleversante, durant cette « fin de siècle », du monologue intérieur et du flux de conscience. Quotidiennement cultivé, le journal est « recherche » (dans un sens proustien fort) du moment où sincérité et lucidité se conjuguent pour saisir le mouvement fragile, simple et profond de l'esprit vivant et permettre, comme le dit l'auteur, de « vivre dans ses propres pensées ». Xavier Galmiche
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Études, n°415/4, octobre 2011 Aveuglante ou banale
Ce diptyque conçu à l’occasion du dixième anniversaire de la mort d’André du Bouchet, poète emblématique de la génération de l’après-guerre, permet d’appréhender par ses prémisses une œuvre réputée compacte, inattaquable. […] La biographie d’un poète, c’est sa poésie elle-même, c’est l’histoire de son rapport au langage. […] Et s’affermit, jour après jour, une voix, c’est-à-dire un lexique, balisé par un petit nombre d’éléments dont les possibilités de combinaison ou de collision sont infinies ; c’est-à-dire une manière : « Écrire et retrancher sont un seul et même mouvement » ; c’est-à-dire une forme, où le blanc de la page devient tout à la fois moteur, repaire, épreuve, incendie. Frank Adani
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Livres Hebdo, n°879, 30 septembre 2011 Le flâneur de l'histoire Le poète polonais Zbigniew Herbert nous propose un voyage en Crète et en Grèce.
Au cours d'histoire, Zbigniew Herbert (1924-1998) préférait l'histoire au long cours. Celle que l'on ressent quand on se promène, quand on se frotte à la poussière du temps, au contact des vieilles pierres, des ruines et des paysages. Le grand écrivain polonais, dont Le Bruit du temps publie en édition bilingue le premier volume des œuvres poétiques sous le titre Corde de lumière, fut aussi un essayiste de premier ordre, avec une façon bien personnelle d'évoquer le passé en cheminant entre les mythes et les drames. […] Laurent Lemire
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Valeurs actuelles, 8 septembre 2011 D.H. Lawrence l'incendiaire Trois livres remettent à l'honneur l'écrivain britannique, dont le génie rageur et prolixe traversa son époque avec brio.
[…] Convergence d'attention, Lawrence est encore à l'honneur au Bruit du temps : outre les magnifiques Croquis étrusques, il y a quelques mois, cette jeune maison d'édition a entrepris de publier ses nouvelles complètes, dont voici le deuxième volume, dans une traduction de Marc Amfreville. Une des nouvelles a pour titre « L'épine dans la chair », un titre qui, de l'aveu même de Lawrence, eût pu convenir à la plupart des autres du recueil. […] Philippe Barthelet
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La république des livres, 10 août 2011 Les deux visages de Robert Browning
Pour l’instant, les librairies et le Poet’s Corner ont échappé au nouveau grand incendie de Londres. […] Nous y repensions l’autre jour sous ses voûtes en lisant le discours que Henry James y prononça un jour de mai 1912 pour la commémoration du centenaire de la naissance du grand poète victorien Robert Browning, dont les cendres reposent là. James, qui ne sortait plus, fit une exception. Son hommage au poète adulé fut d’une telle intensité et d’une si vive émotion que, de mémoire de chroniqueur, on n’entendit plus jamais dans la nef d’aussi longs applaudissements. L’éditeur de Sur Robert Browning (traduit de l’anglais par Jean Pavans, 132 pages, 12 euros, Le Bruit du temps) a été bien inspiré de le rappeler en liminaire de la nouvelle au centre du recueil, La Vie privée (The Private Life), à laquelle il a heureusement adjoint deux courts essais de l’écrivain consacrés au poète à vingt deux ans d’intervalle. C’est que la figure de Browning, l’homme et l’écrivain, fascinait véritablement Henry James. […]
Pierre Assouline
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La Dépêche, Grand-Sud Tarn, 6 août 2011 Terre médiane du poète américain Henri Cole
Claire Malroux est poète, depuis longtemps adoubé par ses pairs. En marge de son œuvre propre, elle n'a cessé de faire connaître les poètes de langue anglaise qui ont choisi, comme elle, l'écoute et l'humilité pour exprimer leur rapport au monde, aux autres, à eux-mêmes, à des secrets et à des mystères cachés. Emily Dickinson, le plus grand poète du XIXe siècle américain, lui doit une part de sa notoriété en France, et aussi quelques autres. On devine ce qui l'a intéressé dans Terre médiane, le dernier recueil d'Henri Cole dont le jury du prix Pulitzer avait souligné l'importance, l'écriture poétique qui, patiente, sans bruit, particulièrement sensible, se fait poreuse à des vibrations qui recréent dans leur lumière exacte tout un passé volontairement méprisé. […]
Jean Roques
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Le Matricule des anges, n°125, juillet-août 2011 Comme on respire Sans psychologie et sans l'anecdote, André du Bouchet s'éprouve dans ses Carnets de jeunesse.
Dix ans après sa mort à 75 ans, une double parution vient saluer l’un de ceux à qui la poésie française du siècle passé doit ses plus signifiants aboutissements. […] « J'ai eu la surprise, dit Clément Layet à qui nous devons cette édition, de voir se dessiner un autre visage » de l’activité poétique de du Bouchet que celui retracé par les éditions précédentes. Un visage assumant mieux la répétition, l’imperfection, la lente maturation de ses idées, formulations et dispositions intérieures : « Cette image qui vient de sortir a mis exactement dix ans à mûrir. Je m'en contente pour la fin de la matinée. » […]
Marta Krol
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Poezibao, 29 juillet 2011 Aveuglante ou banale d'André du Bouchet Il faut saluer à nouveau le travail des éditions Le Bruit du temps, et celui de Clément Layet. En même temps que le passionnant volume des carnets (1949-1955), Une lampe dans la lumière aride, paraît donc cet ouvrage qui reprend les essais sur la poésie (1949-1959). Les deux livres se complètent et bon nombre de préoccupations se retrouvent d’un volume l’autre, avec des optiques différentes […]. La construction du livre est nette : le premier tiers reprend les essais critiques publiés par du Bouchet entre 1949 et 1959. Quatre articles majeurs sur Reverdy, Hugo, Baudelaire, Pasternak, et une série d’études plus courtes sur Char, Ponge, Hölderlin, Joyce… Les deux derniers tiers du volume sont des inédits : carnets, ébauches, travaux préparatoires gravitant autour des textes publiés. […] Antoine Emaz
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La Liberté, 9 juillet 2011 Et Ernest devint Hemingway En 1924, Hemingway publie son deuxième livre. De nos jours est édité à 170 exemplaires par Three Mountains Press. Dix-huit chapitres comme autant de vignettes rédigées par le jeune journaliste, sous la férule d'Ezra Pound. Une exigence : trouver la phrase juste, ce qui déterminera tout l'œuvre d'Hemingway. Une ambition : faire entendre la violence de son temps : la guerre, la corrida comme métaphore pressentie, la rudesse des rapports humains. […]
Jacques Sterchi
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L'Express, 4 juillet 2011 Léon Chestov, l'inclassable L'œuvre de Léon Chestov serait-elle encore plus rafraîchissante et libératrice aujourd'hui qu'elle ne le fut hier déjà ? Sans avoir pris une seule ride, elle continue, comme toute pensée prophétique, de poursuivre le questionnement de l'âme humaine jusqu'en ses derniers retranchements, avec une liberté et une lucidité que rien n'arrête. […]
Jean Borel
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Télérama, n°3207, 2 juillet 2011 André du Bouchet […] L'écriture d'André du Bouchet frappe par sa clarté tour à tour silencieuse et fracassante. Sa lucidité sur le paradoxe de sa double activité littéraire est frappante : « La critique marque invariablement un pouvoir, alors que la poésie dégage souvent une impuissance. » Tout n'est qu'appel à la curiosité, au recueillement, chez cet homme secrètement terrassé par l'angoisse et le doute. […]
Marine Landrot
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L'Express, 24 juin 2011 Les pointes sèches d'Ernest Ernest Hemingway n'a jamais tant exprimé son idéal de concision que dans In Our Time/De nos jours, recueil de chapitres lilliputiens sur la Première Guerre mondiale, les corridas, l'exécution des ministres du roi Constantin de Grèce… publié en version bilingue. […]
Emmanuel Hecht
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Images de la poésie, 20 juin 2011 Lecture de Philippe Denis Ce qui s'installe lentement pendant la lecture de la poésie de Philippe Denis est un étrange sentiment de gravité et de légèreté mêlées, d'attention perçante envers les choses et de détachement ironique, d'extrême concentration et de subtile dérision. […] Ceci explique la forme générale des textes qui tire du côté de la notation, de l'aphorisme, du fragment, comme si la brièveté indiquait que le premier mot et le dernier mot seront laissés au monde et non pas à l'autonomie d'un discours, et que l'injonction à faire note avait bien sa source dans les choses, dont le poème ne sera que l'écho répercuté. […]
Laurent Albarracin
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La Quinzaine littéraire, n°1040, 16-30 juin 2011 Chestov, l'indomptable Le Pouvoir des clés est un ensemble d'essais écrits par Léon Chestov (1866-1938) pendant la Première Guerre mondiale, la Révolution et la guerre civile russe. Le livre paraît à Berlin en 1923. Il est publié en français, à Paris (où Chestov, depuis 1921, vit en exil), dans une traduction de Boris de Schloezer, chez Schiffrin (1928). C'est cette traduction qui est aujourd'hui, à juste titre, reprise. Moins des essais au sens classique et sage, que des coups de boutoir. Chestov est un libre penseur non rationaliste, pour ne pas dire anti-rationaliste. Il lui faut chercher – et avec quelle rage et quelle obstination – ce qui est par-delà la raison, au-dessus de la raison, et d'abord réduire l'omniprésence de celle-ci, sa Toute-puissance. Et d'abord l'interpeller, lui faire perdre pied et lui faire perdre la main. La déposséder. La déposer. La défier. […]
Christian Mouze
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Europe, n°986-987, juin-juillet 2011 André du Bouchet Ces Essais et ces Carnets parcourent une décennie cruciale dans l’art et la pensée d’André du Bouchet. En 1948, il a vingt-quatre ans et revient en France après huit années d’exil aux États-Unis. Air, son premier recueil, paraît en 1951. En 1961, une nouvelle parole est trouvée Dans la chaleur vacante. […] Apparition et disparition, échec et maîtrise sont aussi les conditions conjointes de l’image : entre ce sol et cet air, la poésie que lit et qu’écrit André du Bouchet veut restaurer la possibilité de parler. […] Dans une solitude croissante, dans une douleur qui se métamorphose, le sujet disparaît lentement. Il n’y a bientôt plus qu’un je commun, celui du phénomène et de la langue : le long éveil d’un « émissaire de la réalité » la plus immédiate. […]
François Tison
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Mediapart, 2 juin 2011 Hemingway, premiers écrits L'un des tout premiers écrits d'Ernest Hemingway, jamais réimprimé depuis sa parution à 170 exemplaires en 1924, vient d'être réédité. Une succession de textes courts, sorte de mitraille littéraire où le jeune auteur se confronte sans détours aux secousses de la mort violente. Ernest Hemingway est mort il y a cinquante ans. Suicidé d'un coup de carabine. Juillet 1961. De la mort comme exécution, de ses déflagratioons sèches, il en est question dans ce livre que les éditions Le Bruit du temps publient ces jours-ci sous le titre De nos jours (In our time). […] À partir des prismes différents que constituent guerre et corrida, c'est toujours la mort, dans sa prosaïque brutalité, que rejoint le jeune écrivain. […] In our time s'apparente à une brève rafale, dont l'écho perdure longtemps dans le lointain de l'esprit. […]
Clément Sénéchal
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Le Matricule des anges, n°124, juin 2011 Le chaud et le froid Réédition de deux volumes de proses d'Ernest Hemingway (1899-1961), situés aux deux extrémités de sa vie Difficile d'imaginer deux livres plus opposés : Paris est une fête a été rédigé durant les dernières années de la vie d'Hemingway […] ; De nos jours, quant à lui, parut en 1924, et il s'agissait alors du deuxième livre du romancier américain. S'il fallait poursuivre cette logique du grand écart, on pourrait encore ajouter que le premier est entièrement tourné vers la littérature quand le second n'évoque guère que la mort. Fête pour l'un, cauchemar et requiem pour l'autre. […] De nos jours a un visage plus sombre, pour ne pas dire tragique. Austère même. C'est qu'Hemingway y saisit les atrocités d'une époque […].
Didier Garcia
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Le Magazine littéraire, n°509, juin 2011 Le poème à venir Dix ans après sa mort, André du Bouchet (1924-2001) reste le poète le plus secret de sa génération. […] Reprises et ruptures sont la loi de son écriture qui fait l'épreuve de la perte, du vide, du manque (il ne fut pas pour rien un proche de Celan), tout en cherchant passionnément la plénitude – celle-ci dût-elle être éprouvée entre les mots, dans le blanc de la page, plus qu'en eux. […] André du Bouchet écrivait pour se rendre « digne du poème à venir » : c'est cette exigente humilité qui fait toute sa valeur.
Jean-Yves Masson
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Artpress, n°379, juin 2011 D.H. Lawrence, L'Officier prussien « Puissance » est le mot employé par les contemporains de Lawrence pour qualifier sa littérature […]. Les nouvelles de ce recueil furent écrites quand Lawrence avait entre vingt-cinq et trente ans. La plupart campent de jeunes adultes suffoqués par leurs désirs et pétrifiés dans leur pudeur. Il s'en dégage un érotisme… puissant. Je recommande leur lecture aux hommes parce que l'évocation des figures féminines est d'une troublante perspicacité. Je la recommande aux femmes parce que la description des corps d'hommes est d'une tout aussi troublante beauté.
Catherine Millet
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Télérama, n°3201, 21 mai 2011 Fitzgerald et Hemingway Woody Allen les regarde vivre dans son dernier film, Minuit à Paris, frères aimants, frères ennemis, immergés dans le décor et l'ambiance des années 1920, deux Américains à Paris dont on ne se lasse pas de s'entendre raconter dans le creux de l'oreille les frasques, les hauts faits et les états d'âme […] On ne peut qu'aimer, différemment mais avec le même élan, le désenchantement sans pesanteur, à fleur de peau, du magicien Fitzgerald, et la touche énergique et terriblement juste du bretteur Hemingway. Duquel paraît également, dans une édition bilingue, le très beau recueil De nos jours – des textes brefs, précis et frappants comme des eaux-fortes, variations sur le motif de la violence.
Nathalie Crom
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Poezibao, 19 mai 2011 Une lampe dans la lumière aride d'André du Bouchet
Livre passionnant. […] Cette édition des carnets (1949-1955), établie par Clément Layet, […] est un vrai bonheur. Elle renouvelle notre saisie de l'œuvre, et plus particulièrement notre compréhension de l'élaboration de cette poésie. […] C'est parce que les carnets sont périphériques, effectivement, qu'ils importent tant. Ils ouvrent sur le dehors et le dedans de l'œuvre, et donnent de vraies clés ou expériences directes de ce qu'est écrire. […]
Antoine Emaz
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Nonfiction, 14 mai 2011 La profondeur des mots courants : André du Bouchet
Saint-John Perse comparait la poésie à une lampe d'argile. Les textes d'André du Bouchet émettent cette même lumière diffuse. Ses essais sur la poésie française et les extraits de ses carnets relèvent de cette clarté. Les idées, les références, les sensations circulent de la note fragmentaire à l'essai organisé, révèlent la “forge” de cette poésie. […]
Emilio Sciarrino
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L'homme nouveau, n°1493, 7 mai 2011 Sacha et Julius Sacha, c'est Alexandre Soljenitsyne et Julius, c'est Julius Margolin. Deux grands témoins du mal soviétique et deux géants de la littérature, l'un russe, l'autre polonais. Une remarquable biographie est consacrée au premier tandis que l'étonnant Voyage au pays des Ze-Ka du second est enfin disponible intégralement. […]
Benoît Maubrun
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Le Temps, 6 mai 2011 « J'écris aussi loin que possible de moi » Hugo, Baudelaire, Reverdy, Char, Joyce et Pasternak lus par un de leur pair dans une série d’essais consacrés à la poésie, et des carnets, presque quotidiens, où l’on découvre un jeune poète en pleine maturation : deux ouvrages importants marquent le 10e anniversaire de la mort d’André du Bouchet. […]
John E. Jackson
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Le Monde Des Livres, 6 mai 2011 André du Bouchet, la terre pour poème Considéré avec Yves Bonnefoy et Jacques Dupin comme un poète emblématique de la génération de l'après-guerre, André du Bouchet (1924-2001) incarne la poésie dans sa vivacité inquiète. À l'occasion du dixième anniversaire de sa disparition, les éditions Le Bruit du temps publient deux livres qui rassemblent une grande partie de ses œuvres de jeunesse. […] Contre la poésie qui parle trop fort et se trahit d'elle-même, contre l'emprise du verbe, l'œuvre de du Bouchet impose la force du silence et la vertu des mots. Une bouteille à la mer pour renouer les fils… Bref, une leçon de poésie qui passe entre les lignes.
Didier Cahen
L'aventure des carnets inédits Une lampe dans la lumière aride est un texte de toute beauté : 300 pages d'une fraîcheur singulière, animées par le mouvement de la marche qui accompagnait l'écriture d'André du Bouchet. […] Ces notations de sept années mêlent, dans une trame unique, poèmes, récits de rêves, proses réflexives, fragments. Une splendide publication posthume, que l'on doit à une conjonction d'enthousiasme et d'obstination – un éditeur, une équipe de chercheurs pour déchiffrer les textes. En tout premier lieu, il fallait quelqu'un pour “inventer", mettre au jour le trésor et ce fut Anne de Staël. […]
Monique Petillon
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Le Nouvel Observateur, 5 mai 2011 Hemingway est une fête Au début des années 1920, le romancier américain débarque en France. Il voit Joyce et Scott Fitzgerald, s'amuse, picole, écrit. […] Rien de bien fameux, sans doute, d'aussi fameux en tout cas que De nos jours (court texte que republie, en édition bilingue, Le Bruit du temps, et où l'on peut apprécier le ton très « choses vues » que chérissait le Hemingway de cette époque). […]
Didier Jacob
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Le Magazine littéraire, n°508, mai 2011 Quête nippone La poésie américaine contemporaine est en France extraordinairement mal connue. […] C'est pourquoi il faut saluer la découverte en France de Henri Cole, un poète de 55 ans qui jouit aux États-Unis d'une renommée croissante. Né d'une mère française d'origine arménienne et d'un père américain, il a publié sept recueils : celui-ci est le cinquième. Henri Cole l'a écrit au Japon, son pays natal […]. Le but que poursuit son écriture sans hermétisme, mais très raffinée, est une réconciliation avec soi-même, avec ses souvenirs, par-delà les blessures d'une histoire douloureuse […]. Il faut remercier Claire Malroux, poète et traductrice à qui l'on doit déjà tant de découvertes marquantes, pour cette magnifique traduction.
Jean-Yves Masson
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À contretemps, n°40, mai 2011 L'archipel des hommes en trop Comme celui de Jean Rounault, le livre de Julius Margolin était tombé dans l'oubli […] Cette résurgence est exceptionnelle puisqu'elle est fondée sur le rétablissement de l'intégralité du témoignage de l'ancien Zek. Voici son livre tel qu'il l'avait conçu. Le texte de 1949, publié avec le soutien de Boris Souvarine, accueilli chez Calmann-Lévy vraisemblablement par Manès Sperber, bien qu'amputé de deux chapitres et victime de nombreuses coupures, était déjà très impressionnant. La lecture des passages supprimés permet de constater que l'éditeur a été visiblement guidé par des soucis éditoriaux tels qu'on les concevait à l'époque. » […]
Jean-Louis Panné
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Libération, Cahier Livres, 28 avril 2011 André du Bouchet, lueurs du loup La poésie n'est pas un art de vivre, c'est la vie même. Ça le fut pour André du Bouchet (1924-2001), d'un mouvement de ciseaux tragique, tranchant, absolu : pénétration dans la banalité, arrachement à cette banalité. […] Dix ans après sa mort, Le Bruit du temps publie ses carnets de 1949 à 1955, quand sa respiration se dépose sur les pages et va donner en 1961 son premier grand texte, Dans la chaleur vacante. L'éditeur publie aussi ses essais et ses notes sur la poésie (Char, Ponge, Hugo, Reverdy, Baudelaire, Maurice Scève, Rimbaud). La nature de l'image poétique, son mystère – voilà ce qu'il cherche à saisir : « L'homme est muet, c'est l'image qui parle. » L'ensemble est présenté et annoté avec précision par Clément Layet. C'est – ou ce devrait être – un peu plus qu'une lecture : à chaque ligne, une expérience. On lit du Bouchet comme on marche seul sur un chemin de pierres, comme on crie dans sa tête : pour éprouver que la phrase est l'instant, qui est l'éternité. […]
Philippe Lançon
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Le Temps, 12 mars 2011 L'Archipel du Goulag Archipel du Goulag, Voyage au pays des Ze-ka : il semble que pour aborder certains territoires terrifiants de la violence collective au XXe siècle, il faille faire appel aux métaphores de l’Antiquité : le voyage d’Ulysse, l’Archipel grec. Car rendre compte du « bréviaire de la haine » ordinaire qui fit de millions de citoyens des empires totalitaires des crevards lentement réduits à la mort, et d’autres millions des meurtriers ordinaires, n’est pas tâche aisée. […] Dans son livre oublié et aujourd’hui ressuscité, le Dr Julius Margolin, citoyen polonais qui venait d’émigrer en Palestine juive, raconte son odyssée. Pour s’être retrouvé dans la ville biélorusse de Pinsk, qui changea de mains entre Polonais, Soviétiques, puis Allemands, pendant le « maudit hiver soviéto-nazi », Margolin connut les geôles soviétiques, les trains de la mort, les camps de l’extrême, d’abord ceux du Belomorkanal, construit par des esclaves du Goulag, puis d’autres dans la région d’Arkhangelsk, puis la relégation dans l’Altaï. Il survécut parce qu’il voulait témoigner. […] Georges Nivat
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Secousse, n°3, mars 2011 Souffles dans la nuit Il s’appelait Rainer Biemel. Issu d’une famille allemande de Transylvanie […] Rounault : c’est le nom qu’il choisit, en 1949, pour signer son livre Mon ami Vassia, souvenirs du Donetz. À l’heure où de nombreux intellectuels français se glorifiaient de leur stalinisme, il apporta un témoignage sans appel sur sa déportation à Makeevka, en Ukraine. Il y survécut pendant un an et fut libéré fin 1945. […] Fondé en partie sur des notes écrites sur le moment dans un carnet, le récit est remarquablement vivant et offre, du départ en train au retour, une succession de tableaux de la vie et de la survie au camp. Pas d’imprécations ni de condamnations, de ces gros traits manichéens qu’affectionne l’idéologie. Des faits, des croquis, des anecdotes et des portraits saisissants d’une humanité hébétée par la faim et le froid, abrutie par les brimades et la peur. […] François Bordes
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La Quinzaine littéraire, n°1033, 1-15 mars 2011 Les débuts d'un grand écrivain Ce recueil rassemble toutes les nouvelles (14) écrites entre 1907 et 1913, y compris Prélude (jamais rtévisé), qui fut le premier texte publié de l'écrivain débutant. Version française allégée d'une remarquable édition critique anglaise, il contient notices, chronologies, ainsi que des cartes d'Eastwood, ville natale de Lawrence, et de Croydon, où il vécut de 1908 à 1911. Lawrence parcourt dans ces fictions brèves la gamme de ses livres à venir. […] Sensualité omniprésente des êtres qui se cherchent et ont le plus grand mal à trouver un équilibre toujours menacé […] : l'étreinte des corps n'est parfois qu'une façon « apaisante » d'éluder la question fondamentale de l'appartenance, de la possession, prélude, dans l'incompréhension et les appréciations divergentes, à une rupture définitive. […] C'est avec le même bonheur que les deux couples se forment dans Étreintes aux champs, l'accent étant mis ici sur l'intensité des émotions et la puissance des forces inconscientes qui régissent les comportements. […] Claude Fierobe
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Le Matricule des anges, n°121, mars 2011 Regard d'un sage En 1212, Kamo no Chômei, poète ermite témoin de son temps, composait un joyau de la poésie universelle.
Il n’est pas nécessaire d’avoir le goût des affaires humaines pour discerner les puissances des passions qu’elles mettent en œuvre. Du plus profond de leurs abris érémitiques, les poètes japonais médiévaux ont posé sur leurs contemporains et la nature humaine un regard de bonté et d’affliction mêlées, puisé à la source des arcanes du monde. Dans cette période troublée du Japon de la fin de l’époque de Heian (794-1185) où le pouvoir passait des vieilles familles aristocratiques aux guerriers (samouraïs) mais demeurait cloisonné et hiérarchisé, un lettré devait appartenir à un seigneur […]. Lucie Clair
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Lexnews, 1 février 2011 Kamo no Chômei « Le monde est ainsi fait ; il est bien difficile d’y vivre et chacun sent la précarité de sa propre vie, de son habitation », écrit Kamo no Chômei dans un petit livret, et combien ces paroles semblent résonner en notre fragile XXI° siècle ! Nous sommes pourtant au XIII° siècle dans un Japon ravagé par les dissensions politiques et celui qui tient cette plume isolée au fond d’une cabane esseulée a cependant connu la vie de cour et ses vicissitudes… […] À noter que ce texte majeur de la littérature japonaise est accompagné en postface d’une étude particulièrement détaillée sur son contexte historique et littéraire rédigée par Jacqueline Pigeot. Philippe-Emmanuel Krauter
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Le Matricule des anges, n°120, février 2011 Un homme au balcon Henry James explore l'intimité d'une conscience : celle de Lewis Lambert Strether tentant de s'inventer une existence – entre l'impossible épicurisme et la mort prochaine. […] James déclare (dans la préface de 1909 pour l'édition en volume de ce roman qui parut, initialement, en 1903, dans la North American Review) : « Par bonheur, je me trouve en mesure de considérer cet ouvrage comme franchement le meilleur, dans l'ensemble, de tous ceux que j'ai produits. » Nous ne devons donc pas douter que nous ayons entre les mains une œuvre parfaitement concertée, construite et écrite avec un souci constant de la forme – ainsi qu'en témoignent les soixante-dix pages de notes préparatoires adressées dès 1900 à son éditeur et que nous trouvons ici dans le riche dossier qui accompagne cette nouvelle traduction ! […] Thierry Cecille
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Philosophie Magazine, n°46, janvier 2011 Existentialisme russe Léon Chestov est de retour. Les éditions Le Bruit du temps ont eu l'excellente idée de nous faire redécouvrir, sur un beau papier et avec un appareil critique impeccable, l'une des plus passionnantes œuvres philosophiques du XXe siècle. Né à Kiev en 1886, célèbre pour ses essais paradoxaux sur Shakespeare, Dostoïevski ou Tolstoï, Chestov émigre en France après la révolution de 1917. Le Pouvoir des clés, rédigé à cette période, est sa première grande synthèse. […] Michel Eltchaninoff
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Haaretz, édition anglaise, 21 janvier 2011 A body broken, but free Forty years after his death, philosopher and author Julius Margolin is getting the recognition he was denied in life, thanks to the recent unabridged publication of his magnum opus, documenting five grueling years in the Siberian gulag.
"This book will not have fulfilled its purpose unless it conveys the actual sense of the reality of the camps that exist today, as they existed yesterday and five years ago. These camps are the most important event of our reality, and we will not be able to understand the era that we are living in if we go on living without knowing how and why they appeared, grew and spread throughout the world," Julius Margolin wrote in the final chapter of his book Voyage au pays des Ze-Ka (Journey to the Land of the Ze-Ka), thus providing readers with the key to understanding the tragic story of his life. […] Gaby Levin
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Le Monde, 21 janvier 2011 Henry James, vers le paroxysme Six cents belles pages de roman. Et qui tiendraient – c'est souvent le cas chez James – sur une seule phrase : un Américain se rend à Paris pour convaincre son futur beau-fils de rentrer au bercail. Ces quelques mots peuvent sembler anodins mais, comme en musique, l'essentiel c'est ce qui en jaillit, le développement des harmoniques littéraires. Le voyage se transforme alors en une véritable aventure du moi, à travers des phrases qui ont elles-mêmes le goût et la forme des aventures complexes. […] Hédi Kaddour
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Le Monde, 21 janvier 2011 Antoine Jaccottet aime les livres au long cours La nouvelle traduction des Ambassadeurs, de Henry James, est l'un des deux derniers paris insensés d'Antoine Jaccottet, responsable du Bruit du temps – l'autre étant Voyage au pays des Ze-Ka, de Julius Margolin, l'un des plus puissants témoignages sur le goulag (Le Monde du 19 novembre). Les deux livres se ressemblent. Ce sont des pavés de plus de 700 pages, édités avec soin et "redécouverts" par Antoine Jaccottet, ex de la collection "Quarto", chez Gallimard, et fils du poète et traducteur Philippe Jaccottet. C'est la marque de fabrique de cet éditeur méticuleux qui a lancé sa maison il y a deux ans, avec un premier coup d'audace, en exhumant un best-seller britannique du XIXe siècle, L'Anneau et le Livre, de Robert Browning, présenté en édition bilingue. Soit 1 424 pages ! […] Alain Beuve-Méry
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Histoire & Liberté, janvier 2011 Mon ami Vassia. Souvenirs du Donetz Réédition riche et soignée d'un ouvrage publié en 1949 par les éditions Sulliver. Ce n'est pas tout à fait le récit d'une détention au goulag. Jean Rounault, de son vrai nom Rainer Biemel, un Allemand de Transylvanie, passionné par la France et par sa culture, fait ses études à Paris, fréquente divers intellectuels qui dénoncent conjointement Staline et Hitler, se réfugie en 1941 dans son pays d'origine pour échapper à la Gestapo puis est déporté onze mois, de janvier à décembre 1945, en URSS, aux marges du goulag, dans la petite ville minière ukrainienne de Makeevka, d'où l'en tirent les autorités françaises. […] Pierre Rigoulot
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Revue des deux mondes, janvier 2011 Les lumières et le goulag Le 25 novembre 1950, les juges de la 17e chambre correctionnelle de Paris eurent à juger d’une plainte en diffamation dont la nature expliquait pourquoi la foule se pressait aux portes de leur tribunal. David Rousset, ancien résistant et déporté, fondateur quelques mois plus tôt d’une Commission internationale contre le régime concentrationnaire, y poursuivait Pierre Daix qui, dans un article des Lettres françaises, l’avait traité de « falsificateur trotskyste », contestant ainsi l’authenticité des témoignages sur lesquels Rousset fondait sa dénonciation des camps de travail soviétiques. Deux ans après, on rejouait, à guichets fermés, le procès Kravtchenko. […] Le jour suivant, ce dernier témoin parut. C’était un homme grand, aux cheveux prématurément blanchis, aux épaisses lunettes rondes. Il s’exprima en russe d’une voix forte et pleine d’assurance. […] l’homme dont la parole vient de faire frissonner la salle et de pulvériser la défense, est Julius Margolin. […] Frédéric Verger
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Metazin, 18 janvier 2011 A Gulag elfeledett zsidó krónikása Un article sur Julius Margolin et le Voyage au pays des Ze-Ka paru en Hongrie.
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Le Clavier cannibale, 13 janvier 2011 Scènes de la condition inhumaine Paru en octobre dernier aux éditions Le Bruit du temps, le livre de Julius Margolin, Voyage au pays des Ze-Ka, vient de loin, d'un cauchemar absurde, d'une vie interrompue, c'est le récit d'un homme qui voulut revoir son pays natal et fut pris dans les rets de la machine à broyer stalinienne. C'est un bloc de temps arraché, nié, cinq ans hors de la vie, en large de l'humain, des centaines d'heures volées à Julius Margolin […] . Claro
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Haaretz, 8 janvier 2011
Un article sur le Voyage au pays des Ze-Ka paru en hébreu dans Haaretz.
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Le Matricule des anges, n°119, janvier 2011 L'arpenteur de l'extrême
De 1940 à 1945, Julius Margolin est déporté au Goulag, près d'Arkhangelsk : son récit, Voyage au pays des Ze-Ka, est une œuvre majeure de la littérature concentrationnaire, chronologiquement une des premières, littérairement une des plus riches. « Résumons les faits. Le docteur Julius Margolin, journaliste indépendant, père de famille, citoyen polonais, résident en Palestine de façon permanente, un homme en bonne santé qui n'a rien à voir avec l'Union soviétique et n'a commis aucun délit contre ce pays, est retenu par l'armée Rouge sur le territoire polonais au moment où il s'apprête à regagner Tel-Aviv. Son passeport, son visa sont en règle. Après avoir vérifié son identité et constaté qu'il n'est ni espion, ni voleur, ni assassin, on aurait dû le laisser repartir chez lui. (…) Que se passe-t-il finalement ? Le docteur Margolin est retenu pendant neuf mois, puis arrêté et accusé absurdement d'avoir enfreint le régime des passeports, comme si la détention d'un passeport polonais par un citoyen polonais pouvait être une violation de la loi soviétique ; il est ensuite envoyé dans un camp de redressement par le travail pour une durée de cinq ans. Ceux qui le connaissent perdent sa trace. » […] Thierry Cecille
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Le Matricule des anges, n°119, janvier 2011 Dernier souffle
Inconnu en langue française, Stanislas Brzozowski (1878-1911) est une personnalité fascinante de la littérature polonaise. Une sorte de héros conradien à découvrir à travers son Journal. Rédigées la dernière année de sa vie, à Florence où il avait trouvé refuge, les Notes pour mémoire qui constituent le Journal de Stanislas Brzozowski sont l'avatar d'un projet de texte abandonné intitulé l'Histoire d'une intelligence. Malade de la tuberculose, se sachant condamné, il fait de ces pages le lieu d'accueil de son intransigeance intellectuelle, le témoin de sa traversée de la Grande Bibliothèque, et de sa quête de perfection. […] Un destin romanesque, une vie de souffrance, une sorte de voyage au bout de la nuit dont il reste trois romans, des essais, des travaux critiques et ce Journal dont la sensibilité littéraire et la qualité de la réflexion peuvent encore inspirer aujourd'hui. Richard Blin
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Les Carnets d'Eucharis, 6 janvier 2011 Stanislas Brzozowski, Histoire d'une intelligence
Rédigé à la fin de sa vie, dans les années 1910-1911, le Journal de Stanislas Brzozowski, Histoire d’une intelligence, ne peut nous laisser indifférent, tant ces 244 pages publiées un siècle plus tard par les éditions Le Bruit du temps révèle une pensée à l’œuvre, faite de l’étoffe d’un esprit qui, aux dires de son auteur, « est toujours un banni, un hors la loi » (185). Esprit d’un écrivain non contaminé en ce siècle des « abrutissantes superstitions politiques », des « stérilités sociales », avec ce si peu d’aventuriers de la pensée (parmi eux, philosophes, poètes et autres lettrés), ces « grands seigneurs de la vie » que le XVIIIe siècle a prodigieusement produit. L’exigence de S. Brzozowski étant de ni comprendre ni révérer ce qui ne relève pas du courage intellectuel […]. Nathalie Riera
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Print Quarterly, XXVII, 4, décembre 2010 Callot extraordinaire
It could be a fox, but it would call it a dog, the kind of dog Callot liked, with the lion haircut, keeping a tight rein on a sort of dinosaur vomiting spears, halberds, arrows and guns at the hermit. Or it could be a pilgrim, yes, with the shell on the shoulder, the staff between the paws and the flask at the belt. It is that ‘fox-pilgrim’, that ‘renard-pèlerin’, as the Lorenese artist etched it in the Temptation of St Anthony (second version), who gives its mysterious title to the most unusual and astounding book that Paulette Choné has devoted to Jacques Callot. Strange the title, ambiguous the subtitle. Extraordinary also the writing, the style, the vocabulary of Choné, who gives the impression of creating her own language, graceful, pleasant, flowery, suggestive and therefore effective. […]. Maxime Préaud
Lire l'article paru en anglais et le texte original en français.
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La Liberté Magazine, 30 décembre 2010 Cinq ans au goulag
Né en Biélorussie en 1900, Julius Margolin, une fois ses études de philosophie terminées à Berlin, s'installe en Palestine pour témoigner de son sionisme. En voyage en Pologne en 1939, il est emporté par la furie de la guerre. Arrêté par les Soviétiques, il passera cinq ans dans un goulag. Une survie miraculeuse dont il témoignera immédiatement dans un récit, enfin publié pour la première fois dans son intégralité. Pour Luba Jurgenson, qui présente l'ouvrage, ce témoignage d'un non-Soviétique apporte un éclairage différent […]. Jacques Sterchi
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Forward, 28 décembre 2010 Forgotten Witness to the Gulag
If a writer’s message is unwelcome, it may not be heeded for many years. January 21 marks the 40th anniversary of the death of the Polish Jewish author Yuli Borisovich Margolin at age 70. Margolin — whose first name is also transliterated as Julius or Yuly, and was also known as Yehudah in Israel — should be as familiar a name as Solzhenitsyn for bearing witness to the Soviet gulag system. Yet the first-ever complete edition of Margolin’s almost 800-page-long gulag memoir in any language only appeared last November from the small Paris literary press Les éditions Le Bruit du temps. […] Benjamin Ivry
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Grazia, 24 décembre 2010 Le chef-d'œuvre d'Henry James ?
Lewis Lambert Strether, Américain oisif d'un certain âge, est envoyé en Europe par une riche amie. Sa mission : lui ramener son fils, prisonnier des charmes de la Ville lumière. Hélas, notre héros sera séduit à son tour par « ce grand spectacle humain », haut lieu de jouissance et de distractions. […] Comme à son habitude, l'écrivain explore le pouvoir de fascination de la vieille Europe sur la jeune Amérique. […] Et, au bout de cet épais voyage (704 pages), James s'impose comme le grand romancier moderne du regret et de la désillusion. Emily Barnett
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La Croix, 23 décembre 2010 Henry James et les enchantements de Paris
C'est seulement après la Seconde Guerre mondiale et grâce à Robert Laffont que parurent en français les premières œuvres de Henry James, en particulier Les Ambassadeurs, dans la version de Georges Belmont aujourd’hui un peu datée. La très belle traduction de Jean Pavans permet enfin de saisir la subtilité de cet ouvrage que James considérait comme la meilleure de ses fictions, publiée en 1903 […]. Le Paris de ses personnages est contemporain de celui d’À la recherche du temps perdu, mais bien différent. […] Alors qu'À la recherche se termine par une révélation, celle du salut par l'écriture, le roman de James est l'histoire d'une conscience, de ses vicissitudes, de son échec final, le récit d'une de ces vies perdues pour lesquelles il est toujours trop tard. Francine de Martinoir
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Le Temps, 18 décembre 2010 Un Européen au Goulag
Julius Margolin est sorti en 1945 du Goulag. Interné pour rien, il écrit immédiatement l’un des premiers et des plus vibrants témoignages sur les camps soviétiques. Son récit est réédité intégralement. «Lecteur, n’excuse pas les camps soviétiques parce qu’Auschwitz, Majdanek et Treblinka furent pires. Rappelle-toi que les usines de mort de Hitler n’existent plus [...]. Mais le 48e Carré, Krouglitsa et Kotlas fonctionnent toujours, et des hommes y périssent aujourd’hui comme ils y périssaient il y a cinq et dix ans.» Ainsi témoigne, en 1949, un homme au physique doux, aux petites lunettes rondes, mais à la voix ferme et résolue: Julius Margolin, qui sort de cinq ans d’enfer dans les camps soviétiques. Pour rien. Il est l’un des premiers à révéler leur existence et il œuvre à la libération des millions de zeks qui y croupissent encore pour des crimes inexistants. […] Emmanuel Gehrig
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Books, n°18, décembre 2010-janvier 2011 Le premier Archipel du goulag
Il est presque inconnu en Russie et, pourtant, Julius Margolin, écrivain juif né en Biélorussie, fut le premier à témoigner de la réalité des camps de travail soviétiques. Bien avant Soljenitsyne et L'Archipel du goulag. […] Le livre ne paraît pas en Russie. « L'Union soviétique qui venait d'anéantir le monstre nazi dans une guerre sanglante était au sommet de sa gloire, explique Yevsey Zeldin dans le New Times de Moscou. La vérité sur les camps de travail forcé en URSS aurait rappelé à la population ce qu'elle savait sur les camps de la mort nazis. Un tel livre aurait créé un scandale. » […] À l'époque où Soljenitsyne était encore prisonnier, c'est lui qui révéla au monde la réalité du goulag : […] plusieurs millions de personnes étaient emprisonnées simultanément dans les camps. Mille à deux mille mouraient chaque jour. « En vrai philosophe, Margolin réfléchit aussi à l'essence du système soviétique et aux racines de sa stabilité économique et politique, au rôle des camps dans le système, à la propagande, à la nature humaine, et à beaucoup d'autres sujets » […]
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Le Canard enchaîné, 15 décembre 2010 Zaklioutchonny kanaloarmeets
En 1949 paraît en France La Condition inhumaine, d'un dénommé Jules Margoline. C'est un témoignage sur le goulag. Le tout premier. Il a été écrit par un homme qui y a passé cinq ans de sa vie […]. Il veut alerter le monde entier sur l'imposture communiste. Il sait qu'en URSS des multitudes continuent de vivre cet enfer auquel il a eu la chance d'échapper. C'est pour eux qu'il écrit, pour « ces millions d'êtres enterrés vivants ». […] Cet ouvrage reparaît aujourd'hui sous son vrai titre, avec le nom exact et non francisé de son auteur, et dans son intégralité (il avait été largement expurgé). Pourquoi le lire aujourd'hui ? Pourquoi ne pas faire du passé table rase ? Ces histoires de goulag, on connaît, non ?… Trois raisons, au moins […] Jean-Luc Porquet
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Libération, Cahier Livres, 9 décembre 2010 Henry James ambassadeur de France
Les Ambassadeurs (1903), dont une nouvelle traduction vient de paraître, est, avec Les Ailes de la colombe et La Coupe d'or, un des trois gros romans de Henry James où l'intrigue consiste exclusivement à forcer ou à reconnaître un simple et ô combien compliqué changement de point de vue des personnages. Voici comment James lui-même, né américain en 1843 et mort anglais en 1916, résume ce roman français dans sa préface de 1909, sans goût apparent pour une publicité tapageuse : « Jamais aucune composition de cette sorte n'a pu jaillir directement d'une graine de suggestion tombée par hasard, et jamais aucune graine de cette sorte, s'enfouissant dans le foisonnement de sa croissance, n'a pu mieux se tapir dans la masse comme une particule indépendante. […] » Difficile après cela pour le lecteur d'imaginer qu'il va se retrouver dans un des plus émouvants romans de James et, surtout, dans un des plus passionnant […]. Mathieu Lindon
Lire des extraits de l'article.
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TSF Jazz, le blog, 5 décembre 2010 Voyage au pays des Ze-Ka
Le livre paraît en 1949 avec un titre un peu racoleur, La Condition inhumaine, mais son auteur ne connaîtra jamais la notoriété d’André Malraux. Il faut dire qu’il a vraiment mal choisi son sujet, Julius Margolin, en évoquant l’enfer des camps soviétiques alors que l’URSS est encore toute nimbée, à l’époque, de sa glorieuse participation à l’éradication de l’hydre nazie. L’ouvrage est expurgé, en outre, de certains passages, avant de tomber dans l’oubli, comme son auteur, disparu en 1971, deux ans avant Soljenitsyne et son bien plus célèbre Archipel du Goulag…. Le voilà donc enfin réédité, dans sa version intégrale et sous son titre original, ce poignant Voyage au pays des Ze-Ka (ainsi appelait-on les détenus affectés au creusement du canal Baltique-mer Blanche) […] Laurent Sapir
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L'Express, n°3100, 1-7 décembre 2010 Voyage au bout du goulag Soixante ans après, le témoignage de Julius Margolin sur l'univers des camps soviétiques est republié dans son intégralité. Une œuvre littéraire capitale.
C'est une impression troublante que de tenir entre les mains un probable chef-d'œuvre. Sans se payer de mots, Voyage au pays des Ze-Ka, de Julius Margolin, récit-fleuve (plus de 700 pages) sur le goulag, mérite sa place aux côtés des écrits d'Alexandre Soljenitsyne, de Varlam Chalamov, de Vassili Grossman, ou du film d'Alexeï Guerman, Khroustaliov, ma voiture ! […] Assommé par le froid, la faim, l'épuisement et la violence – le régime quotidien de l'« immense prison des peuples appelée URSS » – Margolin échappe à l'anéantissement en appelant à la rescousse Shakespeare et Gogol. Comme si l'ultime arme face à la barbarue était la culture, vestige de la civilisation. Emmanuel Hecht
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La Croix, 25 novembre 2010 La traversée du goulag Julius Margolin (1900-1971), incarcéré en URSS de 1939 à 1945, rédigea dès sa libération un livre formidable, enfin publié dans son intégralité
Voilà exactement soixante ans, à l’orée de l’hiver 1950, David Rousset (1912-1997), revenu des camps nazis, auteur de L’Univers concentrationnaire, devenu pourfendeur du Goulag soviétique, traînait en justice l’hebdomadaire communiste Les Lettres françaises, qui l’avait traité de « trotskiste falsificateur ». Au cours de ce procès, qu’il devait gagner, il convoqua divers témoins, dont Jules Margoline, qui cloua le bec de l’avocat stalinien Joë Nordmann : « 500 000 juifs sont morts dans les camps soviétiques !» […] Le livre bénéficie de surcroît du titre approprié, Voyage au pays des Ze-Ka, qui reprend le sigle z/k, ou zek, désignant à l’origine les « détenus du canal », c’est-à-dire affectés au creusement de l’ouvrage reliant la Baltique à la mer Blanche, avant de s’appliquer à tous les prisonniers du goulag, cet archipel de camps esclavagistes propre à l’URSS. Le récit reconquiert enfin sa cohérence et sa puissance, puisque l’édition de 1949, certes magnifiée par une traduction de Nina Berberova et Mina Journot, avait hélas escamoté un tiers du manuscrit, en particulier les passages les plus durs à propos du système soviétique. […] Antoine Perraud
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Le Monde des Livres, 19 novembre 2010 Une voix dans la prison des peuples Enfin publié dans son intégralité, le livre de Julius Margolin est l'un des plus puissants témoignages sur le goulag
Palais de justice de Paris, 17e chambre correctionnelle, 8 décembre 1950. Un homme s'avance à la barre des témoins. Il a 50 ans, de grosses lunettes rondes, une petite moustache grisonnante et débarque tout juste d'Israël. Son nom : Julius Margolin. Que vient faire ce docteur en philosophie, auteur d'une étude sur Pouchkine, d'une thèse sur « les fondements de la conscience rationnelle » et d'essais sur le sionisme, dans un tribunal parisien ? S'il est venu de Tel-Aviv, c'est en fait pour soutenir un autre homme, David Rousset, dont le procès est l'un des événements médiatiques de cette fin de l'année 1950. Ancien trotskiste déporté à Buchenwald, auteur de L'Univers concentrationnaire (Prix Renaudot, 1946), Rousset a publié dans Le Figaro littéraire, en novembre 1949, un appel aux rescapés des camps nazis, leur demandant de constituer une commission d'enquête sur les camps soviétiques. […] Thomas Wieder
Lire des extraits de l'article.
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Libération, 18 novembre 2010 Les morts-vivants de la mer Blanche Récits du goulag de Julius Margolin
Il est absurde et incompréhensible qu'un livre de l'importance de Voyage au pays des Ze-Ka, paru pour la première fois en 1949 sous une forme largement caviardée, n'ait jusqu'ici jamais pu figurer à sa place dans les bibliothèques : aux côtés de Si c'est un homme de Primo Levi et des Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov (entre autres, mais avant tout). Autrement dit, aux limites et au cœur de ce que la littérature peut révéler de l'espèce humaine. […] Philippe Lançon
Lire des extraits de l'article.
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Stalker, 14 novembre 2010 Croquis étrusques de D.H. Lawrence C’est à la fin du VIIe siècle avant la naissance du Christ qu’apparaît en Toscane une population que les Latins appelleront Tusci ou Etrusci, dont les origines continuent de rester énigmatiques. On suggère aujourd’hui que la culture étrusque est née d’un ancien substrat local qui s’est lentement modifié au cours des différentes vagues de population s’installant en Italie, tandis que l’hypothèse qui prévalait au début du siècle passé rejoignait le récit d’Hérodote, d’après lequel ce peuple serait venu par la mer de Lydie. […] Juan Asensio
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Le Soir, 12 novembre 2010 Carpe Diem avec Henry James Bien sûr, sur une île déserte, on lirait avec appétit un vieux livre de poche abandonné. Mais agréablement installé chez soi, on savoure l’immense plaisir qu’il y a à plonger dans un livre édité avec soin et esthétique. C’est le cas du roman Les Ambassadeurs, de l’Américain Henry James, retraduit par Jean Pavans. Typo agréable, reliure de qualité, la brique est imprimée sur beau papier crème et présente en jaquette le tableau L’homme au balcon de Gustave Caillebotte. […] Lucie Cauwe
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Mediapart, 12 novembre 2010 L'œil était dans le Goulag Dans un livre bouleversant, Voyage au pays des Ze-Ka (Le Bruit du temps), Julius Margolin (1900-1971), Juif polonais déporté au Goulag pendant la Seconde Guerre mondiale, relate son expérience concentrationnaire avec le regard d'un humaniste européen d'avant les catastrophes. Redécouverte fondamentale. Antoine Perraud
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Télérama Radio, 10 novembre 2010 Clio en 5 ou 7 Cette semaine, Gilles Heuré nous parle des camps soviétiques, à l'occasion de la publication en intégralité du texte de Julius Margolin, Voyage au pays des Ze-Ka (éd. Le Bruit du temps). Cet intellectuel polonais y fait le récit de ses cinq années passées au goulag, où les Ze-Ka étaient les détenus des camps du canal Baltique-mer Blanche. Il décrit la politique des rendements au travail, les brimades et les relations entre prisonniers dans ces régions gelées. Réalisation : Alice Gancel
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Télérama, n°3174, 10 novembre 2010 Un philosophe au goulag Le témoignage de Julius Margolin, rescapé des camps soviétiques. À la hauteur de Soljenitsyne et Chalamov. NKVD, VOKHR : des sigles abstraits, désignant respectivement la police politique stalinienne et l'escorte militaire des prisonniers dans les camps soviétiques. Ze-Ka est aussi une abréviation administrative : c'est ainsi que l'on appellait les détenus des camps du canal Baltique-mer Blanche. Julius Margolin (1900-1971) fut un Ze-Ka dans le « 48e carré », au nord du lac Onega, en URSS. Il connut également les camps de Krouglitsa ou de Kotlas. Les noms importent peu , d'ailleurs, puisqu'ils n'indiquent que des lieux interdits, des cercles de néant où les hommes ne sont plus que des matricules, des fantômes aux organismes ruinés. […] Gilles Heuré
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Europe, n°979-980, novembre-décembre 2010 Anne Weber, Auguste […] Auguste rapporte, en vers et en prose, l'histoire du fils de Goethe, mort en 1830, à l'âge de quarante ans, en Italie. Dès son enfance, le protagoniste est déchiré entre la grandeur de son père et la femme du peuple qu'est sa mère, Christiane Vulpius, « ouvrière en fleurs artificielles » méprisée par la bonne société de Weimar. Entouré de grands esprits, la vie d'Auguste est un grand écart permanent […] Encore que la pièce se compose de cinq actes, d'un prologue et d'un épilogue (tous deux en vers), l'auteur invente un nouveau genre. […] Mais c'est également la langue qui est magique : Anne Weber a le don de la légèreté tout en abordant des sujets sérieux. Son art de l'observation et de l'écoute lui permet de sentir ce qu'il y a d'étonnant, voire d'énigmatique dans la vie ordinaire, dans les mots et les choses qui se transforment en histoires insolites. Ariane Lüthi
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Revue de l'Art, n°169, automne 2010 Paulette Choné – Renard-Pèlerin Bien connue pour ses travaux sur le XVII° siècle lorrain, Paulette Choné livre dans cet ouvrage une esquisse légère et incisive sur la vie du célèbre graveur lorrain Jacques Callot et sur son temps, et pour cela, a choisi la forme de mémoires écrits par l'artiste lui-même. […] Quatre-vingt-sept chapitres d'importance inégale, en général assez courts, scandent ces mémoires. Indissociables, la vie et l'œuvre de l'artiste s'y dévoilent chronologiquement. […] Certaines sont de véritables pièces d'anthologie. […] On l'aura compris, la parfaite connaissance que Paulette Choné a de l'art de Callot, de la vie et des arts en Lorraine, sa familiarité avec la littérature et les archives du temps lui permettent de faire revivre l'artiste de façon convaincante. […] Véronique Meyer
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Poezibao, 29 octobre 2010 Rencontre autour de Jean-Luc Sarré Hier soir, jeudi 28 octobre 2010, à Paris, la librairie Tschann, les éditions La Dogana et les éditions Le Bruit du temps invitaient les lecteurs à rencontrer Jean-Luc Sarré à l’occasion d’une double parution récente […]. Dans l’ambiance toujours très chaleureuse de la librairie Tschann, accueillis notamment par la libraire Muriel Bonicel, les auditeurs parmi lesquels on comptait un nombre impressionnant de poètes et d’écrivains, se sont regroupés autour de Jean-Luc Sarré, encadré de ses deux éditeurs, l’un, Florian Rodari portant un pull orangé, l’autre Antoine Jaccottet un pull vert. Belle harmonie colorée pour ce moment de rencontre. […] Florence Trocmé
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Le Nouvel Observateur, n°2399, 27 octobre 2010 Le Paris de James Au centre du grand roman « français » de Henry James se tient un personnage mélancolique. Ce Lambert Strether, venu du lointain Massachusetts, s'est chargé d'arracher un jeune étourdi au charme délétère de Paris : s'il ramène le fils au bercail, il aura la mère, et l'argent qui va avec. Derrière ce héros incertain on découvre vite la véritable héroïne : la ville, intensément littéraire, féminine, et assez sorcière pour « retourner » l'agent de la vertueuse Nouvelle-Angleterre ; il va, cet innocent ambassadeur, pactiser peu à peu avec les mœurs parisiennes, changer de camp, trahir la cause, tout perdre enfin. De cette merveilleuse histoire, où James voyait le sommet de son œuvre, voici, due à Jean Pavans, auquel tous les jamésiens doivent une prière du matin, une nouvelle traduction. Après celle de Georges Belmont, c'était un pari aventureux. Mais tenu : grâce à de menus, mais décisifs coups de force […]. Mona Ozouf
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Télérama, n°3172, 30 octobre 2010 Henry James, Les Ambassadeurs En prononçant, en 1920, un avis négatif face à l'hypothèse de la traduction en français de nouvelles de Henry James et de leur possible parution dans la toute-puissante NRF, André Gide rendit à l'écrivain américain un service paradoxal : celui d'avoir considérablement retardé sa découverte et sa reconnaissance en France. […] Les traductions de ses romans, de ses nouvelles, se sont multipliées depuis quelques décennies, mais autour de son œuvre demeure comme une opacité, comme une énigme à lever. Ce secret, tout ensemble magnifique et effrayant, est au cœur même de cette œuvre, en est le noyau, la respiration propre, mais tient aussi à ce caractère presque de nouveauté absolue qui persiste autour de l'écrivain. Aussi est-on à peine étonné de découvrir aujourd'hui, comme une authentique révélation, ce roman que James considérait comme son chef-d'œuvre, Les Ambassadeurs. […] Jean Pavans, l'actuel et inégalable traducteur de James, s'en est emparé […]. Nathalie Crom
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La Liberté, 30 octobre 2010 Le retour aux « Ambassadeurs » […] Les Ambassadeurs nous reviennent aujourd'hui dans une édition à la fois élégante et exhaustive, comprenant les notes préparatoires du livre, la préface de l'auteur à l'édition new-yorkaise de 1909, ainsi qu'une nouvelle traduction de Jean Pavans, le meilleur interprète français actuel de l'univers jamesien. L'occasion est donc unique de découvrir ou de relire ce grand livre, si caractéristique de l'approche des passions, toujours si minutieusement décortiquées par le maître […]. Alain Favarger
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Fortitou's Blog, 23 octobre 2010 CLVIII – Renard-Pèlerin L’exercice qui consiste à se mettre dans la peau d’un personnage célèbre est, pour le moins, périlleux. C’est à la fois un acte fort, qui frise l’usurpation d’identité, et un acte fin, qui doit laisser apparaître les lignes directrices d’une vie sans tomber dans l’explication, et révéler ses contextes successifs sans basculer dans le documentaire. Quand Paulette Choné se glisse dans la peau de Jacques Callot, c’est réussi, et parfois éblouissant. […] elle voit à travers les yeux de Callot. Elle voit son œuvre comme elle dit ses espoirs ou ses ennuis. […] Cette vision est servie par une langue d’une belle venue, épicée de termes à peine archaïques qui en enrichissent la matière dans la masse, pas en surface. Sans doute fallait-il avoir une connaissance profonde de cette époque et une connaissance intime de l’œuvre – ce dont personne ne doute quand on connaît les travaux de Paulette Choné – pour oser écrire ça, pour oser dire et voir comme un graveur du dix-septième siècle. Fortitou's Blog
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Les feuilles pas mortes, 23 octobre 2010 Dionysios Solomos, La Femme de Zante Voici un texte particulièrement puissant et sans doute injustement méconnu. On aura sans doute déjà entendu le nom de son auteur, le poète ionien auteur de L'Hymne à la Liberté dont les premières strophes servent aujourd'hui de chant patriotique officiel à la Grèce. Mais ici il n'est point question de texte embaumé et suranné, digne des récits de la mythologie nationale hellénique, bien au contraire. […] Attila
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La revue littéraire, n°49, octobre 2010 Virginia Woolf, Flush : une biographie Publiée en 1933 et traduite en français en 1935, cette biographie originale d'un chien est enfin rééditée après avoir été longtemps épuisée. En février 1933, Virginia Woolf est fatiguée d'avoir écrit Les Vagues. Dans une lettre à son amie Lady Ottoline Morrell, elle se dit exténuée, étendue au jardin « pour lire des lettres d'amour des Browning, et la figure de leur chien [l']a fait rire au point où [elle] n'[a] pu résister à l'envie de leur faire une Vie. » C'est ainsi, en lisant la correspondance de la poétesse Elizabeth Barrett et de son futur mari Robert Browning, que l'idée vint à Virginia Woolf d'écrire la biographie romancée de leur épagneul, Flush. Quoique peu connu de nos jours, ce livre – heureuse fusion de faits avérés et de fantaisies – eut un énorme succès lors de sa parution. […] Ariane Lüthi
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Europe, n°978, octobre 2010 Jean-Luc Sarré, Autoportrait au père absent Le nom de l'éditeur pourrait aussi bien constituer le titre de ce bref recueil. Il désigne en tout cas le fonds auquel il s'alimente : « Le passé : une épave où foisonnent les images ; / inutile pourtant de plonger pour les piller / il suffit de savoir écouter la pénombre / et le bourdonnement du réfrigérateur ». Dans cet alexandrin, dont la cadence majestueuse contraste avec la trivialité de l'objet, se résume toute l'équivoque d'un propos dont l'intensité est inversement proportionnelle à la banalité des scènes qu'il met en œuvre. […] Jean-Yves Debreuille
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Rehauts, n°26, automne-hiver 2010 Jean-Luc Sarré, Autoportrait au père absent Un matin, tôt. La ville, Marseille en l'occurrence, s'éveille – une fauvette chante, la benne des éboueurs approche. Cette journée sera-t-elle inhabitable à force d'ennui (trop de journées s'écoulent ainsi privées d'elles-mêmes) ou bien l'ennui, doublé d'inquiétude, saura-t-il devenir attente, ouverture, accueil des plus petites choses de la quotidienneté ? Sorti ce matin-là pour braconner, l'auteur arpente rues et parcs, l'œil aux aguets. En traversant la pelouse […] / tu as surgi à mes côtés / pour m'emboîter le pas. Ainsi commence le livre. […] Jean-Pierre Chevais
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Coopération, n°38, 21 septembre 2010 Jean-Luc Sarré, à l'instant […] Sarré est là où la vie guette… Et littéralement il nous emporte, dans cet autre livre, Autoportrait au père absent. Dans la musique de ces pages où remontent les présences. Où elles se conjuguent dans l'être du père, des lieux, des tremblements de l'histoire. Une merveille dans la foulée d'une phrase. Jean-Dominique Humbert
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Archéologia, n°480, septembre 2010 Croquis étrusques En septembre 1932 paraissait, en Angleterre et aux États-Unis, Sketches of Etruscan Places, le dernier ouvrage de D.H. Lawrence, mort deux ans auparavant de la tuberculose L'auteur de L'Amant de Lady Chatterley était un amoureux de l'Italie. Il en admirait la beauté, se passionnait pour son histoire et il appréciait la vitalité et le naturel de ses habitants dont il considérait les excès avec la plus grande indulgence. C'est tout naturellement qu'il s'intéresse aux Étrusques qui ont fondé la première grande civilisation de la péninsule. […] [Jean-Baptiste de Seynes] nous offre une traduction remarquable qui respecte parfaitement, non seulement la précision de l'écriture de Lawrence, mais également la poésie du texte anglais. Ce travail magistral a été sublimé par l'éditeur qui a pris soin de respecter, non seulement le texte, mais également la forme que l'auteur voulait donner à son ouvrage. Ce beau livre est ainsi agrémenté des illustrations choisies par Lawrence […] . Laurent Hugot
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Notes bibliographiques, 31 août 2010 Flush : une biographie En 1933, Virginia Woolf découvre les lettres d'amour de la poétesse Elizabeth Barrett (1806-1861) et de Robert Browning. La romancière y découvre en même temps la figure du chien d'Elizabeth, Flush, qui, confie-t-elle à une amie, « m'a fait rire au point que je n'ai pu résister à l'envie de lui faire une Vie ». Pourquoi pas ? […] A.-M. Darras
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Le Monde des Livres, 27 août 2010 Flush, cet abominable cocker rouge Les chiens qui parlent n'ont jamais été ma tasse de thé. C'est pourquoi j'ai tant tardé à lire Flush, un livre consacré au destin véridique de l'épagneul d'Elizabeth Barrett et de Robert Browning, le célèbre couple romantique. […] ce qui devait être une blague et qui est devenu un livre trop sérieux, dont elle craint qu'on ne le trouve trop charmant, délicat, très féminin. Too late : les mots sont trop importants pour qu'on s'en serve avec désinvolture, dit-elle. Flush cesse d'être une plaisanterie, devient un manifeste pour les faibles et les sans-voix, une illustration d'une phrase de Robert Browning, « nul n'a jamais vécu sur cette terre sans avoir son propre point de vue ». […] Geneviève Brisac
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Terres de femmes, 25 août 2010 D.H. Lawrence, Croquis étrusques Dès le printemps 1926, lors d'un séjour en Ligurie, D.H. Lawrence envisage de se rendre sur les hauts lieux de l'histoire étrusque avec l'intention d'écrire sur ce sujet, qui le passionne de longue date. […] il ambitionne de « croquer » son voyage au jour le jour, sans prétention d'aboutir à une œuvre d'expert, scientifique, archéologue ou historien. Ce qui lui importe avant tout, au-delà des données historiques nombreuses qui nourrissent pourtant ses « croquis », c'est de rendre compte, par une observation minutieuse en même temps que très personnelle, des rencontres et découvertes que chaque visite occasionne, de noter aussi bien les menus faits de la vie courante que les réflexions plus graves qu'elles lui inspirent. À ces observations s'ajoutent les nombreuses descriptions archéologiques, tombes, fresques et objets funéraires qui sont la matière principale de l'ouvrage. […] Angèle Paoli
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Plaisirs à cultiver, 8 août 2010 Flush de Virginia Woolf Lilly m'a offert, lors du Portrait of a lady swap, un livre de Virginia Woolf qui vient d'être réédité : Flush. Cet ouvrage est peu connu en France car il a longtemps été indisponible. […] La vie de Flush sera celle d'Elizabeth Barrett. […] Heureusement pour notre héros canin, la vie d'Elizabeth Barrett est l'une des plus romanesques de la littérature anglaise. […]
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Note de lecture du CNL, août 2010 D.H. Lawrence, Croquis étrusques « Mais à présent les tombes, cap aux tombes ! » Dès la deuxième page de ces Croquis étrusques, le ton est donné. De trains en omnibus, de tortillards en charrettes, c’est avec un enthousiasme et une énergie inépuisables que D.H. Lawrence sillonne, en avril 1927, les sites étrusques de Campanie et de Toscane. Déjà très affaibli par la tuberculose qui l’emportera trois ans plus tard, l’écrivain parcourt sans relâche, deux semaines durant, les nécropoles de l’antique Étrurie en compagnie de son ami Earl Brewster. […] La très belle traduction du poète et essayiste Jean-Baptiste de Seynes, l’appareil critique soigné avec carte, le précis d’histoire étrusque, la notice détaillée de la genèse à la réception de l’œuvre empruntée à l’édition dite de Cambridge, et enfin une nouvelle iconographie établie à partir de meilleurs tirages des clichés de paysages choisis par Lawrence en font un véritable livre d’art sur lequel semble souffler « l’esprit dansant des Étrusques ». Carole Vantroys
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Le Blog de Luce, 21 juillet 2010 Flush, un chien qui a du flair Flush c'est un chien qui met de bonne humeur. […] À la lecture on découvre un bijou : des descriptions des bouges du Londres d'alors, un morceau d'anthologie ; la période où sa maîtresse tombe amoureuse de Robert Browning, une drôlerie ; les escapades nocturnes du chien en Italie, un régal ; et quand le chien meurt à la fin c'est très touchant et tellement humain.
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Gavroche, n°163, juillet-septembre 2010 Témoin du sort des ouvriers soviétiques Publié pour la première fois en 1949 avec une présentation de Gabriel Marcel, ce récit relate l'arrestation à Bucarest, la déportation en URSS et la vie quotidienne dans le Donbass de son auteur.Celui-ci, de son vrai nom Rainer Biemel (1910-1987), était né à Brasov, en Roumanie. À partir de 1926, il fit ses études en France, au lycée de Toulouse, puis à la Sorbonne à Paris, avant de devenir journaliste et traducteur de Bernard Brentano, Ernst Gläser, Thomas Mann et Ignazio Silone. Réfugié en zone sud après la débâcle de juin 1940, il décida de revenir en Roumaine l'année suivante après avoir appris que son appartement parisien avait été perquisitionné par la Gestapo. En janvier 1945, il fut arrêté avec les quelques 60 000 Roumains de la minorité allemande et déporté en URSS durant une année. En une succession de chapitres courts et efficaces, on suit les différentes étapes, péripéties et rencontres de son année de déportation et le récit ne vaut pas que pour ses qualités littéraires, indéniables, mais aussi pour son témoignage rare. […] Charles Jacquier
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Le Matricule des anges, n°115, juillet-août 2010 D.H. Lawrence : Beauté des profondeurs Grand connaisseur de l'Italie, D.H. Lawrence (1885-1930) s'est passionné pour la civilisation étrusque où la vie s'épanouissait selon lui en harmonie avec la nature. Élégamment présentés, ses Croquis étrusques, œuvre restée inachevée, voient enfin le jour. […] L’Amant de Lady Chatterley, roman publié en 1928, est resté célèbre pour avoir suscité les foudres de la censure – il paraîtra d’abord en Italie, à compte d’auteur puis connaîtra une aventure éditoriale chaotique. Il constitue le dernier jalon d’une production littéraire foisonnante, constituée de nombreuses nouvelles, de romans, de recueils de poèmes, d’essais sur la psychanalyse, de récits de voyage. C’est à ce dernier genre qu’appartiennent ces Croquis étrusques. […] C’est bien en poète que Lawrence va s’imprégner des oeuvres d’art étrusque qu’il découvrira au cours du périple en Italie centrale (Latium, Ombrie, Toscane) qu’il effectuera en compagnie d’un ami, Earl Brewster, au printemps 1927, sur les traces de cette civilisation restée largement méconnue et mystérieuse et qui, depuis plusieurs années, exerce sur lui une grande fascination. […] Un petit livre d’art, qui porte aussi la méditation d’un écrivain sur la nature profonde et intemporelle de l’homme à partir des vestiges d’une civilisation disparue depuis plus de deux mille ans. Les tombes peintes de Tarquinia constituent la part la plus fascinante de ce voyage, qui repose avant tout sur le travail d’un regard. […] Jean Laurenti
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Poezibao, 2 juillet 2010 Anthologie permanente : Jean-Luc Sarré On les appelait langostas, […]
Extrait de Jean-Luc Sarré, Autoportrait au père absent.
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Terres de femmes, 29 juin 2010 Virginia Woolf / Sombrer dans le bleu Dans une lettre du 30 avril 1926, Virginia Woolf écrit : « Hier j'ai fini la première partie de La Promenade au phare et j'ai commencé la seconde aujourd'hui. Je n'arrive pas à ce que je veux. J'en suis au passage le plus difficile, le plus abstrait. Je dois exprimer une maison vide ; pas de personnages humains, le passage du temps, tout cela sans yeux, sans traits, et rien à quoi se raccroche ; eh bien je m'y précipite et tout aussitôt je noircis deux pages. » […] Achevé en mai 1926 et considéré par l'auteur de La Promenade au phare comme une nouvelle à part entière, le récit en neuf chapitres du Temps passe a été traduit pour la première fois en français par Charles Mauron, et publié dans le Cahier X daté « Hiver 1926 » de la revue Commerce (revue littéraire fondée en 1924 par la Princesse di Bassiano). Livre sur le vide, vacuité de l'espace et vacuité du temps, uniquement occupé du mouvement envahissant de la vague, Le temps passe s'ouvre sur les pages visionnaires du retour au chaos initial. Une chape d'obscurité tombe en cataracte sur le monde, l'envahit, le pénètre, s'insinue, s'infiltre par les moindres interstices, engloutit formes et objets, se focalise au cœur des choses. De cosmique, l'univers se miniaturise. Le tourbillon cataclysmique plonge, par resserrement de focale, de l'infiniment grand à l'infiniment petit, de l'extérieur vers l'intérieur, balayant tout sur son passage. […] Angèle Paoli
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Le Soir, 25 juin 2010 Virginia Woolf a aussi été un chien Hiver 1933. Virginia Woolf est fatiguée d'avoir écrit Les Vagues. Lisant les lettres d'amour qu'échangent la poétesse Elizabeth Barrett et Robert Browning, elle e l'idée d'écrire la biographie de leur chien. […] Publiée en 1933 et traduite en français en 1935, cette originale biographie d'un épagneul, tout en sensations, fut très appréciée à sa sortie mais tomba dans l'oubli. C'est un bonheur que les jeunes éditions Le Bruit du temps nous la redonnent, dans une formule soignée de surcroît. Car ce petit chef-d'œuvre dépasse naturellement le cadre de la vie du chien, même habité par Virginia Woolf. C'est aussi la figure de la femme en général […] et celle de la femme écrivain en particulier. Sans oublier l'amour. Flush est une petite merveille !
Lucie Cauwe
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Lilly et ses livres, 13 juin 2010 Flush : une biographie, Virginia Woolf Cela faisait longtemps que je ne vous avait pas parlé de Virginia Woolf, et comme je suis certaine que cela vous manquait, j'ai décidé de me plonger dans un texte peu connu de l'auteur, mais exquis, qui vient d'être réédité, après avoir été longtemps indisponible en français. Il s'agit d'une biographie romancée de Flush, le chien de la poétesse Elizabeth Barrett, dont l'histoire d'amour avec Robert Browning est l'une des plus belles de l'histoire de la littérature. […]
Lillounette
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Lettre(s) de la magdelaine, 9 juin 2010 Choses lues : Lawrence, Croquis étrusques C’est en poète que Jean-Baptiste de Seynes a traduit ce livre rare, par sa facture, son iconographie, son appareil critique, sa présentation impeccable en tous points aux éditions Le Bruit du temps. […] Et en route pour Cerveteri, Tarquinia, Vulci, Volterra, et pour finir le musée de Florence. L’énergie de Lawrence, sa manière d’écrit-parlé (très soigné) donne à ce périple au pays des morts une allure des plus vivantes “comme si les Étrusques tiraient leur vitalité de profondeurs inconnues” auxquelles l’auteur a manifestement le désir de nous réouvrir accès. Ronald Klapka
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Télérama, n°3152, 12-18 juin 2010 D.H. Lawrence, Croquis étrusques En 1927, trois ans avant sa mort, le romancier anglais D.H. Lawrence, déjà malade, sillonne les bords de la mer tyrrhénienne et les terres de Toscane à la recherche des Étrusques. Loin d'être un simple pèlerinage, ce « cap aux tombes » qu'il clame d'entrée de jeu devient, au fil des jours, un voyage plein de promesses. […] Ces carnets, dont cette nouvelle édition magnifiquement traduite fait la part belle aux illustrations, sont plus poétiques que politiques, mais on sent bien que Lawrence préfère l'ocre rouge des peintures étrusques au noir des chemises fascistes. Comment pourrait-il en être autrement de la part d'un homme qui salue avec un tel bonheur la vitalité des siècles insouciants ? Gilles Heuré
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La République des Lettres, 5 juin 2010 Robert Browning : L'Anneau et le Livre Robert Browning est mal connu en France. Son œuvre la plus souvent traduite est un conte rimé, que l'on destine aux enfants: Le joueur de pipeau d'Hamelin. Les dernières éditions françaises de Sordello et de Pippa Passes remontent respectivement, pour le poème, à 1952 et, pour la pièce, à 1954. The Ring and The Book, publié à Londres en 1868-1869, ne fut traduit par Georges Connes, de sa propre initiative, qu'en 1942-1943. Divers contretemps retardèrent jusqu'à 1959 la sortie chez Gallimard de son ouvrage, que Le Bruit du temps vient de remettre en circulation dans une édition bilingue. […] Lorsque cette traduction parut pour la première fois, Georges Perros alerta Jean Paulhan : « Je viens d'attaquer, à voix très haute, L'Anneau et le Livre. Foudre et silex, de quoi faire flamber la planète. Mais non ! Je commence à comprendre pourquoi Gide faisait si grand cas de ce monstre. » Adrien Le Bihan
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Télérama, n°3151, 5-11 juin 2010 Virginia Woolf, Flush : une biographie 1933. Virginia Woolf vient d'achever Les Vagues, quelques mois après avoir fait paraître Orlando. C'est fatiguée, triste aussi de la disparition récente de son cher ami, l'écrivain et biographe Lytton Strachey, auteur des Victoriens éminents, qu'elle entreprend d'écrire ce texte, tout ensemble biographique et imaginaire, dont le sujet – on ne saurait dire l'objet… – est Flush, l'épagneul de la poétesse Elizabeth Browning (1806-1861). […] Au-delà du portrait biographique d'Elizabeth Browning qui se dessine en filigrane de celui de Flush, au-delà du miroir que cette aînée admirée constitue pour Virginia Woolf elle-même, voici que s'impose peu à peu la saisissante et troublante acuité des sensations et réflexions de l'attachant Flush. […] Les notes délicieusement drôles qu'elle a ajoutées au récit, la préface ironique de David Garnett reproduite dans cette réédition très soignée, contribuent à faire de ce Flush : une biographie un opus empreint d'une grâce hors du commun. Nathalie Crom
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MaYaK, 29 mai 2010 Etruscan Places de D.H. Lawrence En 2009, c’était le premier volume des nouvelles complètes, dans une traduction de la dernière édition critique publiée à Cambridge. Cette année, Le Bruit du temps publie l’un des plus beaux livres (à mon avis) de D.H. Lawrence, Etruscan Places. Dans une nouvelle traduction de Jean-Baptiste de Seynes (Croquis étrusques), avec préface, appareil critique, appendices historiques, carte et 52 reproductions NB et couleurs. Etruscan Places, livre atypique : entre essai et récit de voyage, récit d’un cheminement dans le savoir, dans la compréhension sensible du mode d’être d’un peuple ancien… […] Hugues Robaye
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Le Figaro littéraire, 27 mai 2010 Coup de cœur : Un bijou de Virginia Woolf Le tout premier texte paru en France, en 1927, de la grande romancière est réédité. En 1926, dans la foulée de Mrs Dalloway, Virginia Woolf s'attelle à un nouveau roman, Vers le phare (traduit antérieurement sous le titre La Promenade au phare), divisé en trois sections. À l'initiative de la prestigieuse revue Commerce dirigée par Larbaud, Valéry et Fargue, elle rédige une version écourtée, sous forme de nouvelle, de la partie centrale, baptisée Le temps passe. Ce texte oublié et réédité aujourd'hui offre de substantielles différences avec celui du roman définitif. […] Thierry Clermont
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L'homme nouveau, n°1470, 22 mai 2010 Browning ou le génie poétique Le poète anglais Robert Browning (1812-1889) incarne la plénitude du génie poétique. La réédition de son chef-d'œuvre L'Anneau et le Livre coïncide avec la publication du Browning de Chesterton et de l'étude qu'Henry James, son contemporain et ami, lui consacra. Une aubaine ! […] Didier Rance
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Valeurs actuelles, 19 mai 2010 Auguste d'Anne Weber Les Souffrances du jeune Werther ne sont rien à côté de celles d’Auguste von Goethe, le fils du grand poète. Dans cette parodie théâtrale parfaitement maîtrisée, Anne Weber raconte son calvaire. Méprisé par la bonne société de Weimar parce que rejeton d’une humble fleuriste, marié à une créature volage, Auguste fut surtout exploité par son père. Son ultime voyage à Pompéi évoque le sacrifice : « Les jambes repliées comme dans le giron maternel, les morts y sont couchés dans leur lit de lave depuis des milliers d’années. » Une mort dans l’âme à laquelle Auguste succombera peu après 40 ans. Hamlet à l’envers, il est celui qui aurait voulu être et ne fut pas... à cause du père. Et, s’il a tout du héros romantique, Auguste porte, hélas, bien son nom : “grandeur et décadence”. Un drame allemand tout en modernité. Anne-Sophie Yoo
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Stalker, 16 mai 2010 Notes du Wadi Rum de Gabriel Levin […] Les textes de Gabriel Levin m'ont presque immédiatement plongé dans mon enfance, indissociablement liée et presque quasiment réduite dans mon souvenir à ce jour incroyable, que sans doute ma mémoire magnifie, où je fus saisi par la puissance de l'esprit de l'homme. Rares, bien rares sont, en fin de compte, les occasions de s'émerveiller […] De quelle puissance immémoriale Gabriel Levin, comme tant d'autres, s'est fait l'interprète lorsqu'il a contemplé, tentant d'en percer l'antique énigme, des signes étranges gravés sur les roches des déserts ou sur des tessons de poterie ? La lecture des deux seuls ouvrages de Gabriel Levin traduits en français m'a bien évidemment point donné de réponse, comment le pourrait-elle d'ailleurs ? mais les questions que cet ébranlement a provoquées dans l'esprit de l'écrivain sont l'essence même de la littérature, que Levin, avec beaucoup de modestie, a rendues évidentes. […] Il s'agit de tenter de découvrir les signes cachés, non perdus, moins par de patientes fouilles et méticuleuses recherches archéologiques que par une enquête littéraire, qui, après tout, est toujours une remontée du passé. […] Juan Asensio Lire des extraits de l'article.
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Le Temps, 15 mai 2010 Un chien de classe En Angleterre, l’histoire d’amour entre Elizabeth Barrett et Robert Browning, les deux grands poètes de l'époque victorienne, est aussi connue que celle qui coûta la vie à Roméo et Juliette. […] Pour résumer, après une correspondance échangée sans se connaître, les deux poètes se rencontrent pour la première fois chez le père d'Elizabeth qui garde sa fille en quasi-réclusion par souci de sa santé fragile et par tyrannie aussi. Les amoureux décident de se marier secrètement et de fuir en Italie. Ils vécurent heureux là-bas et écrivirent des chefs-d'œuvre, Sonnets portugais pour Elizabeth, L'Anneau et le Livre pour Robert, deux titres phares mais un peu oubliés que Le Bruit du temps rééditait l'an dernier. Fonctionnant par capilarité, la maison parisienne a tenu à adjoindre des textes d'Henry James sur Browning qu'il admirait tant ainsi qu'une biographie du poète [par Chesterton]. Paraît maintenant une petite perle comique et parodique de Virginia Woolf, toujours sur le couple Barrett-Browning mais d'un point de vue inattendu. Flush : une biographie relate la vie de l'épagneul d'Elizabeth. […] Lisbeth Koutchoumoff
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Le Matricule des Anges, n°113, mai 2010 Dossier Jean-Luc Sarré La vie buissonnière Conscient jusqu'à la plus cruelle lucidité, de la finitude du monde, Jean-Luc Sarré a posé ses valises pas dans la marge de l'existence. Ses voyages immobiles le tiennent à la table d'écriture, face aux vitres de son appartement, en guetteur attentif du sensible. […] Le guetteur de l'infime En prose ou en vers, Jean-Luc Sarré traque l'expression juste d'une expérience du monde. Sans chercher à élargir l'horizon, mais au contraire en tenant dans les rets de la langue le proche, le familier, pour mieux concentrer en peu de mots le présent du verbe vivre. […] Épiphanies du quotidien S'il faut peu de choses pour que le passé surgisse dans l'instant, ce n'est pas sans réticence que le poète l'accueille. On s'attendait avec un tel titre, Autoportrait au père absent, à une poésie qui ferait face comme un miroir interrogé à travers le temps. C'est mal connaître Jean-Luc Sarré, pour qui le présent, dans sa fugacité, semble retenir seul son attention […]. Le poème accroche alors ses détails et ses couleurs, tourne comme une brise autour de ces surgissements du réel et rebondit, saisissant le prétexte d'un mot, vers l'évocation du père. […] Thierry Guichard Lire des extraits du dossier.
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Rehauts, n°25, printemps-été 2010 Ralph Dutli, Novalis au vignoble L’eau (ce qui murmure, ce qui chante, parfois avec force dans les chutes) s’infiltre partout, dans la terre, dans les roches. Dans des grottes, en Dordogne, en Ariège, ailleurs, depuis des siècles et des siècles des gouttes résonnent dans une nuit peut-être semblable à la pulpe d’un raisin. L’eau peut devenir fleuve (le Neckar par exemple), ou bien lac, étang, mare. Mais ce n’est jamais que la surface visible d’un mouvement, d’une pulsion qui, à partir d’une source, irrigue. L’eau, donc, s’infiltre. Ou bien la lumière, à partir d’une autre source qui est peut-être aussi pulsion : il y a une déchirure dans l’apparence / d’où la lumière jaillit telle une lance / il y a une fissure une fissure dans tout / où la lumière déborde et bout. […] Jacques Lèbre
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Rêvalire, 29 avril 2010 Rêvalire a lu Le temps passe de Virginia Woolf Le titre déjà, c’est tout Virginia Woolf, Time Passes, ce n’est pas un constat banalissime, c’est un état chez V.W. Le temps a beau passer, elle n’a de cesse de le décrire passant. […] Avec Virginia Woolf on apprend à sentir que l’on sent et que cela seul importe finalement. Que cela seul « reste ». Dans Le temps passe, c’est tout cela aussi. Une langue toujours au service des sens et des pensées suggérées, des assauts d’émotions, des variations d’humeur. Une vie tellement exacerbée par le bouleversement permanent du passé-présent confondus, pétris l’un de l’autre, qu’elle en devient parfois saturée comme peut l’être l’air d’été de parfums, après la pluie. Ou l’air marin d’embruns quand le vent vient de la mer. […] On est là, au présent. Et c’est une magie nostalgique qui étreint, aussi.
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La Liberté, 24 avril 2010 Un éditeur de qualité Antoine Jaccottet a gagné son pari : les éditions Le Bruit du temps ont une année et enrichissent leur catalogue original de quelques perles, entre joyaux de la littérature anglaise et textes poétiques rares. Vrai bonheur de lecture que Flush: une biographie de Virginia Woolf, portrait du chien de la poétesse Elisabeth Barrett Browning. Ironiquement, c'est bien sûr de la poétesse que parle Virginia Woolf en l'imaginant observée par son épagneul. Plaidoyer « pro domo » pour la femme écrivain et contre la réification de madame par monsieur… Longtemps resté introuvable, Le temps passe est la première version de la section centrale du roman La Promenade au phare, œuvre essentielle de la même Virginia Woolf. Publié en 1927 dans Commerce, la revue de Larbaud, revoici ce texte, émouvante évocation de la solitude où le temps efface peu à peu le bruit du monde... Peut-être la quintessence du génie en devenir de la romancière anglaise. Toujours aux mêmes éditions Le Bruit du temps, rappelons l'inénarrable faux drame d'Anne Weber, Auguste, évocation du fils de Goethe, à la fois rumination sur la stature écrasante du père et variations d'une folle liberté sur l'écriture dramatique, entre théâtre, roman et scénario. Décidément, il s'agit là d'une jeune maison d'édition qui vous met d'humeur… très, très liseuse ! Jacques Sterchi
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My Boox, 25 avril 2010 Le cocker de Virginia Woolf est de retour… Soixante-dix ans après la mort de l’écrivaine londonienne, les éditions Le Bruit du temps publient Flush, une biographie canine signée Virginia Woolf. Eté 1932, Virginia Woolf vient tout juste de publier Les Vagues quand lui vient à l’esprit l’idée de Flush, une biographie imaginaire et parodique dont le personnage central serait l’adorable cocker de son amie Elizabeth Barrett Browning. « J’étais si fatiguée que je m’étais étendue au jardin pour lire les lettres d’amour des Browning, et la figure de leur chien m’a fait rire au point que je n’ai pu résister à l’envie de faire une “Vie” » […]
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Rebuts de presse, 24 avril 2010 Au bruit du temps – Un entretien Éditeur de Virginia Woolf (son Flush vient de paraître aux éditions Le Bruit du temps qu'il a fondées il y a un an), mais aussi de D. H. Lawrence, Robert Browning, Henry James, et quelques autres, Antoine Jaccottet parle de son projet éditorial, aussi ambitieux que passionnant. Didier Jacob
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Le Nouvel Observateur, 22 avril 2010 Virginia Woolf, l'écrivain-chienne Dans les années 30, Virginia Woolf consacra une biographie au chien de la poétesse anglaise Elizabeth Browning. Un bijou aujourd'hui réédité. Didier Jacob
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Terres de femmes, 22 avril 2010 22 avril 1830 / Anne Weber, Auguste Construite en cinq actes, avec prologue, épilogue, intermèdes et chœur, cette pièce de théâtre d'apparence classique s'en éloigne par le ton, délibérément leste et distancié, parfois même grinçant ou au contraire léger, familier ou enfantin, dans les intermèdes et les chansons. Mais aussi par les superpositions temporelles, anachronismes, anticipations et retours en arrière, mélanges des genres et des niveaux de langages, propres à la modernité. […] Auguste von Goethe est le personnage central de cette « mascarade » autour de laquelle gravitent toute la gent weimarienne de l'époque de Goethe. Depuis le grand Goethe lui-même, père d'Auguste, et les notables de Weimar – Charlotte von Stein ou Bettina von Arnim-Brentano, en passant par Schiller, ami de Goethe ou par l'écrivain romantique Jean Paul (Richter), à qui le chœur demande de « bien vouloir descendre sur terre un petit instant ». Mais aussi par l'entourage familier d'Auguste. La très roturière Christiane Vulpius, sa mère, épousée par Goethe bien des années après la naissance d'Auguste, Ottilie von Pogwisch, épouse volage d'Auguste, « qui s'éprend toutes les cinq minutes d'hommes différents, avec toujours la même passion étonnante », leurs deux fils, Walter et Wolfgang. Sans parler des domestiques, des soldats prussiens, des amis, des philosophes, des gens de théâtre. […] En faisant revivre Auguste, le temps d'une lecture ou le temps d'une mise en scène, Anne Weber restitue au fils de Goethe la part de destin et d'immortalité qui lui ont été confisqués. Elle le fait avec tendresse et humour. Et talent ! […] Angèle Paoli
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Le Matricule des Anges, n°112, avril 2010 Désir de totalité Grave et pleine, l'écriture de Gabriel Levin (né en 1948) rend un son d'airain. Illustration en deux livres. Heureuse découverte pour le lecteur français que cet auteur qui rend hommage à ce qui fut et à ce qui est, faisant singulières des entités du monde que le peu de notre acuité abandonne à l'uniforme. Avant tout, des lieux : sites archéologiques, villages bédouins, baies rocheuses – que la forme du poème mime à l'instar d'« ombelles et asphodèles, / alimentant les syllabes / amoncelées de l'intérieur » – habités d'une présence humaine à laquelle sa plume, en poésie comme en prose, est infiniment sensible. […] La prose, fruit d'un périple dans le creux syro-jordanien des civilisations hébraïque, arabe et chrétienne, se donne d'emblée comme un compte-rendu documenté sur le plan historique, engagé en faveur des dépossédés (comme les Bédouins en Israël), et riche de beaux plans rapprochés sur un personnage et son environnement – plans où l'étranger garde sa place, sans vouloir comprendre, c'est-à-dire assimiler et digérer (à la façon d'un Depardon), la différence de l'autre. La poésie, elle aussi largement nourrie de ce voyage, charrie, en la représentant à son unique manière, la part de l'expérience intime. Manière de repenser, de mettre à distance, afin de pouvoir ensuite les faire siens, des fragments du vécu […]. Marta Krol
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Lexnews, avril 2010 Gabriel Levin, Ostraca L’Antiquité a livré, bien malgré eux, des trésors d’instantanéité à l’éternité. Ils portent le nom d’ostraca et ces fragments de calcaire blanc ou autres tessons de poterie ont porté jusqu’à notre époque des poésies et autres pensées parfois satiriques de leur temps. S’agit-il de la quête éternelle de la bouteille à la mer ou de l’improbable écho de l’explosion cosmique originelle ? La réponse du poète Gabriel Levin vivant à Jérusalem se veut plus discrète, presque diaphane ; le message de l’ostracon ne peut parvenir jusqu’à nous que si nous y prêtons une oreille discrète, presque oublieuse de capter une idée ou une humeur qui n’aurait jamais dû s’affranchir du temps qui les avait vues naître. Le poète ne se veut surtout pas archéologue pas plus qu’épigraphe. Sa rigueur sera celle du peintre rêvant de l’improbable lumière sacrificielle d’où tout serait né. Ces morceaux épars livrés presque honteusement par le sable et la terre requièrent l’humilité de celui qui observe les siècles passés tout autant que notre quotidien. […]
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Études, n°412/4, avril 2010 G.K. Chesterton : Robert Browning La voix de Robert Browning, nous dit G.K. Chesterton de façon étonnament moderne, est « abrupte, imprécise, allusive et lacunaire ». Cette biographie du « plus grand poète de la joie », Robert Browning (1812-1889), fut d'abord publiée en 1903. G.K. Chesterton (1874-1936) n'était alors qu'un jeune écrivain peu connu, et l'éditeur, Macmillan, prenait un risque en demandant à un tel auteur de contribuer à sa série « Les hommes de lettres anglaises ». Contre toute attente, le livre rencontra un énorme succès. Cette biographie, ou monographie, comporte une dimension autobiographique, G.K. Chesterton y mettant beaucoup de lui-même ; le biographe, polémiste né, voyait sans doute dans l'immense combativité de R. Browning un reflet de la sienne. […] Irrésistible !
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La Revue littéraire, n°45, avril 2010 Dionysios Solomos On y entre comme dans une église abandonnée. On se tient d'abord sur le seuil, on observe à distance ce qui reste, levant et baissant la tête afin de saisir l'ensemble, puis les détails : on s'approche. […] Il en est ainsi de La Femme de Zante de Dionysios Solomos. On reste sur le seuil. L'histoire est là pourtant qui se raconte : un moine grec de Zante décrit ce qu'il a vu alors que Missolonghi est en péril. La ville grecque (chrétienne orthodoxe) est assiégée par les Turcs (musulmans), la population (les femmes – puisque les hommes sont au combat) subit la famine, doit se réfugier, mendier, pour sauver sa vie. Quelques-unes de ces femmes se trouvent alors à Zante, retirées, dans la pauvreté. La Femme de Zante décrit avec concision les faits, l'incertitude, le péril et la peur de ses existences menacées : un tableau vivant en une poignée de mots fulgurants. Mais elle s'attache surtout à décrire une femme, celle de Zante précisément, et non pas l'étrangère de Missolonghi ; celle qui assiège l'île, qui méchante parmi les méchants pactise encore avec eux et ne se repent jamais, mais finit par se pendre. […] C'est le suspens de ce texte, son mystère qui envahit le lecteur. Son caractère inachevé en est sans doute une des raisons. Il reste en tête une incertitude, un déchirement.[…] Solomos, avec La Femme de Zante, fait du lecteur le prophète, c'est celui-ci qui, pour finir, se retrouve aux prises avec cet oracle, à tenter peut-être vainement de déchiffrer son énigme. Dorothée Piffard
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Terres de femmes, 28 mars 2010 Flush, « un simple caprice… » Renouveler le genre littéraire de la biographie, le faire sortir du cadre et des contraintes qui sont ordinairement les siens n'est pas chose aisée. Pourtant, avec Flush : une biographie, Virginia Woolf régénère le genre et lui assigne une forme et un ton tout à fait inattendus. Le projet de la romancière, épuisée par les tensions que Les Vagues a laissées en elle, est de se détendre. L'occasion lui en est donnée avec la lecture de la correspondance amoureuse du couple Browning, correspondance dont elle se délecte. Elizabeth Barrett, poète, et Robert Browning, dramaturge et poète, échangent entre eux des lettres passionnées. Dans cette correspondance, Flush, « l'épagneul cocker doré » de Miss Barrett, occupe une place de choix. À lire ces lettres et à rire des réflexions que « l'épouvantable cocker » inspire à sa brillante maîtresse, Mrs Woolf se dit qu'elle écrirait bien le roman d'une Vie de chien. Ce sera Flush, « un simple caprice, une mince pellicule d'eau ». Pourtant une vie de cocker peu ordinaire. Doublée de la vie non moins ordinaire d'Elizabeth Barrett Browning. […] Flush ne pouvait rester plus longtemps inconnu des lecteurs français. […] Angèle Paoli
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Libération, 25 mars 2010 Woolf a du chien La romancière piste un cocker de poétesse Deux livres de Virginia Woolf aux éditions Le Bruit du temps. Le premier – Le temps passe – est une variante de la section centrale de La Promenade au phare. Le second est une histoire de chien, Flush. Petits livres, ils ont apparemment tout pour être anodins. Mais très vite l'œil est capté, de phrase en phrase […]. Le temps passe, traduit par Charles Mauron en 1927 dans Commerce, c'est de la prose qui s'invente. Quant à Flush, publié en 1933, c'est bien sûr une biographie excentrique, celle du cocker d'Elizabeth Barrett Browning (« la plus célèbre poétesse d'Angleterre »). Et aussi un pastiche des Éminents Victoriens de Lytton Strachey, l'ami de Virginia qui venait de mourir en 1932. Mais voilà, un cocker, c'est d'abord un défi à l'écriture, celui que lancent les sensations – et avant tout les odeurs. […] Chien de poétesse, « où Mrs Browning voyait, Flush sentait ; il flairait quand elle eût écrit ». […] Dire la présence du monde, des phénomènes, dans leur « tel quel », au moment où nous les percevons, avant l'intervention du logos organisateur : « Pas une seule des sensations lui arrivant par myriades ne fut soumise à la déformation des mots. » […] Prose-poème, le livre de Flush est aussi un livre-monde. On y perçoit les ressacs violents et cachés de la société victorienne, la peur sociale, la dureté des pères et de la ruling class, l'exploitation des faibles, la présence du crime. […] Les servantes aussi ont part à la construction de la prose chez Virginia Woolf. Mrs McNab par exemple. Pour la rencontrer, il n'est que de revenir au premier livre, Le temps passe, quand, à près de 80 ans, elle entre en scène […]. À travers « le roulis de son corps et la lorgnade de son sourire », la servante fait passer « les syllabes brisées d'une révélation plus profonde qu'aucune de celles accordées aux veilleurs solitaires qui parcouraient la grève à minuit ». Et c'est peut-être cela, le message de Mrs McNab à sa romancière et à ses lecteurs, que le temps passe, et que le monde résiste dans les gestes du travail. Hédi Kaddour
Lire les extraits de l'article concernant Le temps passe. Lire les extraits de l'article concernant Flush.
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La république des livres, 15 mars 2010 Comment Mrs Woolf faisait passer le temps Le phénomène étonne toujours, il est pourtant moins rare qu’on le croit : certains livres étrangers, et pas seulement des textes de fiction, sont meilleurs une fois traduits en français. Comme si le tamis du passage d’une langue dans une autre avait eu une bienheureuse fonction épuratrice. C’est le cas des cette curiosité, à plus d’un titre, qu’est Le temps passe (Time Passes, traduit de l’anglais par Charles Mauron, 100 pages, 12 euros, Le Bruit du temps) de Virginia Woolf. Ne vous étonnez pas de ne pas le connaître, il était inconnu, du moins comme tel. Il s’agit en fait d’un chapitre de l’un de ses chefs-d’œuvre, La Promenade au phare (ou Vers le phrare, c’est selon), quelques dizaines de feuillets distraits de l’ensemble par l’auteur qui les destinait à la revue parisienne Commerce, laquelle lui avait commandée une nouvelle pour son numéro X de janvier 1927. […] Car à cette époque, Virginia Woolf était inconnue en France. Rien n’y avait encore paru sous sa signature. Charles Mauron, l’ambassadeur à Paris du groupe de Bloomsbury, s’en fit le héraut et traducteur avisé. On peut juger de son travail à l’aune du travail de temps puisque l’éditeur Antoine Jaccottet a eu l’heureuse idée de proposer une édition parfaitement bilingue, avec le texte en regard. Pour cette version “autonome”, l’auteur avait évacué la plupart des personnages afin de mieux en faire ressortir un seul, et surtout, de se consacrer à l'évocation des sensations. On y retrouve toute la riche palette lexicale et émotionnelle qui la singularise dans le paysage littéraire de son temps, avec une intelligence d’une acuité remarquable et une sensibilité sans pareille […]. Pierre Assouline
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Cahier critique de poésie, n°19, mars 2010 Livres Quatre notes de lectures : Christian Désagulier sur les Sonnets portugais d'Elizabeth Barrett Browning. Lire Mathieu Nuss sur L'Anneau et le Livre de Robert Browning. Lire Létitia Mouze sur Le Timbre égyptien d'Ossip Mandelstam. Lire David Christoffel sur La Mer et le Miroir de W.H. Auden. Lire
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Parutions.com, 23 février 2010 La 25ème heure Se souvient-on de La 25ème heure ? Ce roman du Roumain Virgil Gheorghiu avait connu un regain de succès grâce au beau film interprété par Anthony Quinn. Cette vingt-cinquième heure, c’est celle où le monde bascule dans un fracas extraordinaire et épouvantable et où chacun se retrouve face à son destin. […] L’aventure de Rainer Samuel Biemel, devenu pour l’occasion, dans le camp n°1022, Jean Rounault, est bien celle du héros de La 25ème heure. […] Mon ami Vassia est un livre pudique, qui ne s’arrête pas sur les stigmates de l’enfer concentrationnaire. Au contraire, le témoignage de Jean Rounault est d’autant plus pénétrant qu’il enveloppe le lecteur dans une torpeur douceâtre d’où le voyeurisme est banni. Mais, surtout, c’est la frontière entre l’extérieur et le camp qui semble s’estomper, celles entre les déportés et le peuple soviétique. C’est à ce moment que le récit devient inquiétant. Une terrible menace plane sur toute une population, mélange de prisonniers, de suspects, de déracinés qui se retrouvent au fond de la mine ou à chercher pitance autour du marché du village. Et partout, le NKVD organise avec ses sentinelles, ses officiers et son administration, la vie de Makeevka. […] il faut lire l’excellente et importante postface que Jean-Louis Panné consacre à la genèse et à la réception de l’ouvrage. Le climat politique et intellectuel français n’était pas propice à parler des camps soviétiques. C’est un nouveau combat que mène alors Jean Rounault qui est ici rapporté avec un grand souci du détail et une remarquable finesse dans l’analyse.
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L'homme nouveau, n°1463, 13 février 2010 Mon ami Vassia C'est un livre bouleversant que viennent de rééditer les éditions Le Bruit du temps, jeune maison qui se signale par la qualité de ses ouvrages et le sérieux de ses choix. Avec Mon ami Vassia, nous plongeons dans un petit pan de l'histoire de l'Union soviétique, finalement assez mal connu. […] Avec une écriture sans apprêt, parfaitement maîtrisée néanmoins, Jean Rounault livre le récit de la rafle qui l'a pris dans les mailles de son filet pour l'envoyer par le biais d'un wagon à bestiaux dans un camp de travail soviétique. […] Le titre de son livre est un bel hommage à ses compagnons d'infortune et notamment à Vassia, le prisonnier russe qui ne voit de solution à la situation que dans l'explosion d'une bombe qui emporterait tout. La bombe n'explosera pas et Jean Rounault reverra la Roumanie avant de prendre le chemin de la France. […] Accompagnant ce récit poignant, l'éditeur a eu la bonne idée de réaliser un dossier sur la Roumanie de l'époque et de retracer la vie de Rainer Biemel, le véritable nom de Jean Rounault. […]
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Lexnews, février 2010 Anne Weber, Auguste Il portait un prénom qui augurait les grands espoirs que l’on plaçait en lui. Les lauriers et la gloire se tenaient proche du berceau où son père pouvait déjà se reconnaître. La figure titulaire de celui qui l’avait engendré devait lui donner cette protection encourageant sa croissance. Mais les géants ont une ombre et lorsque cette ombre porte sur leur progéniture rien ne pousse à leurs pieds. Il avait un nom, Goethe, il ne demandait qu’à assumer un prénom, ce fut Auguste. Que peut-il advenir de soi lorsque l’identité est à ce point prédestinée ? Est-il possible de voir la lumière pour vivre, aimer, croître et souffrir par soi-même ? […] Entrons dans une pièce que nous allons monter avec nos propres projections : nous mettrons en avant tel caractère avec tel éclairage. Nous accentuerons tel personnage plutôt qu’un autre. Ce théâtre de marionnettes est celui de notre vie, nous n’y entrerons pas sans en sortir indemne. Philippe-Emmanuel Krautter
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Valeurs actuelles, 4 février 2010 Browning : la poésie rendue au monde Un baobab, écrivait en 1923 Charles Du Bos de Robert Browning ; et, de L'Anneau et le Livre, « la première en date, et l'une des plus grandes, des œuvres contemporaines ». Écho à Chesterton qui parlait quant à lui du « grand poème épique du XIXe siècle », évidence, si l'on n'a pas peur des mots, un mal dont ne souffrit jamais Robert Browning. […] L'argument de l'œuvre, soit sa plus petite partie, est une anecdote criminelle de la fin du XVIIe siècle à Rome : le massacre, par un mari furieux qui s'estime doublement trompé, de sa jeune épouse arrachée à ses griffes par un clerc compatissant, et des (faux) parents de celle-ci, qui la lui ont vendue en la faisant passer pour une héritière. L'orchestration de Browning fait de ce sordide fait divers un poème à l'ampleur vertigineuse sur la destinée et les abîmes du cœur humain, où, selon le procédé qui lui est cher du monologue dramatique, il donne la parole successivement à tous les acteurs du drame, assassin, victimes et comparses, et jusqu'au pape qui juge le meurtrier. […] La fascination que Henry James éprouve pour Browning, fascination du disciple pour le maître, l'« admiration presque jalouse » dont parle l'éditeur commun, le lui fait voir comme un « justicier des torts infligés à ce qui est beau dans la vie ». C'est définir la plus haute mission du poète, par quoi il fait mieux que créer un monde : il le rachète. […] Philippe Barthelet
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Le Matricule des Anges, n°110, février 2010 À l'ombre de Weimar Écrivain de langue allemande et française, traductrice, Anne Weber publie simultanément un conte cruel et une magistrale tragédie d'outre-tombe, deux textes où affleurent sourires et émotions vives. […] Dans Tous mes vœux, dont je revendique la qualité romanesque, il y a un côté théâtral, des passages burlesques et d'autres empreints d'un certain lyrisme. Mais le livre où j'ai ressenti la plus grande liberté, où j'ai allègrement mélangé non seulement les genres mais les époques, c'est assurément Auguste. Je me souviens du sentiment de jubilation qui était le mien à partir du moment où j'ai trouvé la forme qui correspondait bien à ce que je voulais faire, à savoir évoquer la vie du fils de Goethe, mais non pas à la façon d'un biographe ni à travers un roman historique. J'ai choisi, après quelques tâtonnements, la forme du théâtre de marionnettes symbolique. À l'intérieur de ce cadre-là, tout devenait soudain possible. […] La vie d'Auguste est une vie minuscule. La majuscule va à Goethe. Mais, comme les personnages de Michon qui cherchent à s'extraire de leur boue d'origine, Auguste a une certaine grandeur ; grandeur qui vient du tragique qui est attaché à sa vie dès sa naissance. […] Propos recueillis par Jérôme Goude
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Le Matricule des Anges, n°110, février 2010 Esclave de Staline En 1945, Jean Rounault est déporté vers les mines du Donetz, en Ukraine. Il y connaîtra l'angoisse, mais aussi la solidarité. L'ancien adage le disait : chaque livre a son destin. Au lendemain de la Libération, des dizaines de témoignages sur la déportation parurent, répondirent à une curiosité vive mais éphémère, puis furent oubliés […]. Staline, le Petit père des peuples, le généralissime de l'Armée rouge libératrice, avait aussi ses propres camps – de la mort lente. En 1949, Les Lettres françaises (que dirige Aragon) s'affolent : voici qu'un ancien compagnon de route, antifasciste actif, relate son expérience de cette face cachée de l'empire soviétique, sous ce titre apparemment anodin, Mon ami Vassia. […] On ne peut que se réjouir – et féliciter l'éditeur, l'ouvrage proposant en outre un riche essai de Jean-Louis Panné et des annexes biographiques et historiques – de cette redécouverte : Mon ami Vassia est à la hauteur des œuvres célèbres de Chalamov ou d'Evguenia Guinzburg, ou de celles, tout aussi marquantes, de Gustaw Herling (Un monde à part) et de Karlo Stajner (7000 jours en Sibérie) […] Thierry Cecille
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Études, n°412/2, février 2010 Mon ami Vassia Début 1945, le NKVD déporte la minorité allemande de Roumanie. Plus de 60 000 hommes et femmes sont raflés pour être envoyés dans les mines de charbon. Après un voyage de plusieurs jours dans un de ces trains de sinistre mémoire, Jean Rounault arrive au camp 1022 à Makeevka dans le Donbass, en Ukraine. Il s’agit d’une structure intermédiaire entre le camp du Goulag et l’usine soviétique ordinaire, qui mélange déportés et ouvriers, les uns et les autres maintenus dans un identique état de servitude. Le froid, la faim, les maladies, la brutalité de l’administration stalinienne l’apparentent au premier cercle de l’enfer concentrationnaire. Animé par la seule volonté de dire l’URSS « telle qu’elle est » et telle qu’il l’a vécue, J. Rounault nous fait éprouver un « certain climat humain » où « le sublime et l’horrible se mêlent étrangement dans le nitchevo qui signifie : tout est possible », restituant au quotidien les comportements et les pensées de l’ouvrier russe, incarné par le personnage de Vassia, l’ami qui lui a plus d’une fois sauvé la mise. Un aspect de ce témoignage, d’autant plus implacable qu’il est dénué de tout ressentiment, ressort particulièrement : le désespoir dans lequel survit un prolétariat sans illusion et absolument réfractaire à la propagande, un prolétariat réduit en esclavage au nom de la liberté : « La phrase de Staline : “L’homme, le capital le plus précieux”, doit être prise à la lettre. Elle n’indique point, au sens occidental des mots, une valorisation de l’individu ; elle se traduit au contraire comme l’affirmation que l’ouvrier russe est la propriété, la “chose” de Staline. »
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La Liberté, 23 janvier 2010 Poètes de l'oxymore Puisant aux sources de la mythologie (Antigone), la poésie du jeune Valaisan Arnaud Maret, Terres orphelines (Éd. Publibook), explore l'oxymore grinçant des bruits et des visions pour interroger l'accueil que peut réserver le monde au poète. Dehors, est-ce mieux ? Interrogation de celui qui note, inquiet, l'étrangeté du dedans. Belle inspiration poétique, exprimant des tonalités « lugubreusement joyeuses », et qui trouve un écho chez un poète plus aguerri, Ralph Dutli, dont les éditions Le Bruit du temps publient Novalis au vignoble et autres poèmes. Carnet d'épitaphes, épure de la marche, de l'espace, du temps avalé dans l'asthme poétique de la césure. À la fois « Babel soudain…» et solitude cachée des mots sous les mots, présence problématique du poète – «Voilà pourquoi je suis étendu dans l'air au-dessus de ton lit…» Ou comment, à l'aune de Novalis, se soûler en «ivrognes de syllabes». Jacques Sterchi
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La Croix, 21 janvier 2010 Mon ami Vassia Dans la préface à la première édition de ce livre, en 1949, Gabriel Marcel mettait en parallèle les souvenirs de Rainer Biemel (qui avait pris le nom de plume de Jean Rounault) et ceux de Viktor Kravtchenko. Intellectuel roumain issu de la minorité allemande de Transylvanie comme son ami Paul Celan, Biemel (1910-1987) fit une partie de ses études à Toulouse et à Paris. De retour dans son pays, il est arrêté en 1945 par le NKVD avec plus de 60000 ressortissants des minorités allemandes. Déporté un an en Ukraine, il écrit ce récit à son retour. Le précieux témoignage de Rainer Biemel sur les camps soviétiques est marqué, comme le souligne le préfacier, par une humanité profonde et une réelle « sympathie pour l'homme russe ». Patrick Kéchichian
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Livres Hebdo, n°804, 15 janvier 2010 Goethe et fils Anne Weber donne une voix à Auguste Goethe, fils unique du grand poète allemand. […] Fils de… sans envergure, depuis toujours oublié à l'ombre de son illustre ascendance et de l'histoire, Auguste né à Weimar où son père exerçait les fonctions de « conseiller privé » du duc de Saxe-Weimar et mort à Rome pendant un voyage en Italie en 1830 à l'âge de 40 ans, est donc le personnage que la romancière ranime dans cette « Tragédie bourgeoise pour marionnettes » […]. Anne Weber, sans se départir du timbre railleur qui fait sa voix, sert Auguste avec une bienveillance lucide, l'apostrophe avec une certaine tendresse, même, donnant à voir les côtés émouvants de ce garçon un peu falot, sous influence (celle évident, écrasante, de son père, mais aussi celle de sa mère Christiane Vulpius, ancienne ouvrière en fleurs artificielles, épousée tradivement, et celle de sa femme Ottilie von Pogwisch, issue de la vieille noblesse prussienne qui le trompera avec constance). […] Elle tire les fils de ce petit théâtre, ressuscitant des morts en leur offrant un porte-voix qu'ils n'ont jamais eu. […]
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L'Ours, n°394, janvier 2010 Notre ami Vassia Le témoignage de Jean Rounault appartient à ces grands textes sur feue l'URSS qu'il convient d'avoir lu pour son empathie avec les Russes et la culture russe et pour la description qu'il offre du système soviétique au temps du stalinisme triomphant. La présente édition rassemblée, annotée et complétée par Jean-Louis Panné et Anne-Marie Biemel-Montarnal, la fille de Jean Rounault, offre au lecteur une très belle mise en perspective. […] Sylvain Boulouque
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La Nef, 1 janvier 2010 Robert Browning La littérature est aujourd'hui encore un domaine où la grâce est visible et palpable, débouchant parfois sur cette Joie dont parlais C.S. Lewis et qu'il définissait comme une sensation de désir insatisfait, mais dont l'insatisfaction même est plus désirable que tout sentiment de contentement. Ne le cachons pas, au risque de paraître un rien enflammé : j'ai éprouvé de cette joie en apprenant la parution, chez un éditeur alors inconnu, de la monographie de Chesterton sur Robert Browning. Un véritable rendez-vous de la littérature ! […] La lecture de ce petit bijou de la littérature, qui l'est par le sujet traité et par l'écriture de Chesterton, transporte le lecteur, page après page. […] Le Bruit du temps est un éditeur qui aime les livres – chose devenue si rare aujourd'hui qu'il faut bien le souligner – et qui a pris le risque d'offrir au public des trésors de la littérature, formant comme une constellation autour d'un même écrivain. Pour cet ouvrage, il a pris le soin de réaliser une nouvelle traduction qui se lit avec une réelle facilité. Au-delà du texte de Chestrton, il propose une introduction éclairante ainsi qu'un index qui permet de se promener aisément dans l'univers anglais de Browning […] Un livre parfait, indispensable à votre bibliothèque. Philippe Maxence
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Le blog de l'histoire, 26 décembre 2009 Les Souvenirs du Donetz de Jean Rounault Ce livre a été présenté à sa première parution aux éditions Sulliver en 1949 comme l’un des tout premiers témoignages sur les camps de travail en URSS. Rainer Biemel relate, à la manière d’un documentaire, comment, tour à tour mécano, lampiste, médecin, il parviendra à survivre dans les usines du Donetz. C’est l’un des rares témoignages de ce type qui permet de découvrir le travail quotidien « libre » ou forcé à la périphérie du Goulag. […] Jean-Marc Labat
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La Liberté, 19 décembre 2009 Nouvelle traduction pour D.H. Lawrence Nouvelles. La traduction des nouvelles de David Herbert Lawrence laissait à désirer. Injustice réparée aux éditions Le Bruit du temps. Marc Amfreville traduit le premier tome des nouvelles complètes, les tâtonnements déjà décisifs de l'écrivain que l'on réduit trop souvent à son seul roman L'Amant de Lady Chaterley. Du monde de la mine aux affrontements homme-femme, il est toujours chez Lawrence une analyse surprenante de l'individu se pensant face au monde. Entreprise éditoriale prometteuse qui bénéficie ici d'une éclairante préface sur Lawrence. À suivre. Jacques Sterchi
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Un nommé Chesterton, 19 décembre 2009 À propos du Browning de Chesterton Cette splendide monographie consacrée au poète anglais Robert Browning et écrite par Chesterton en 1903 – il avait 29 ans – vient d’être rééditée, avec une nouvelle traduction, par les éditions Le Bruit du temps.
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La Croix, 17 décembre 2009 Leçon de lecture de Browning par Chesterton Lorsque deux esprits éminents se rencontrent… C'est presque une gageure pour le critique… Quels arguments va-t-il trouver pour convaincre le lecteur français d'aujourd'hui de lire sans tarder la biographie du poète victorien Robert Browning (1812-1889) écrite par un autre anglais, G.K. Chesterton (1874-1936) ? […] Or, ce livre est une manière de chef-d'œuvre qui, dès les premières pages, met l'esprit du lecteur en éveil et en fête. Le même éditeur, Le Bruit du temps, avait, pour inaugurer son catalogue au début de cette année, publié, en bilingue, le maître livre de Browning, L'Anneau et le Livre […] que Chesterton justement définissait comme « la grande épopée du XXe siècle » ou « la grande épopée de l'énorme importance des petites choses » […]. La timidité que l'on peut éprouver devant une telle œuvre – que l'auteur plaçait dans la lignée de L'Iliade et de La Divine Comédie – trouvera un excellent remède dans la biographie dont nous parlons […] un tableau aux vastes et belles proportions, admiratif et sans complaisance, des hypothèses audacieuses, des rapprochements inattendus, de féconds paradoxes, une foule d'analyses et des interrogations sur le pourquoi et le comment de la littérature… […] Patrick Kéchichian
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Stalker, 14 décembre 2009 La Femme de Zante de Dionysios Solomos […] Accablé de lectures fort peu distrayantes dont il me fallait extraire l'essentiel (c'est ainsi que, dans la cave de la maison de mes parents, sommeillent des piles de feuilles volantes que je transforme peu à peu en fichiers électroniques), n'ayant pris de cette étude aucune note puisque son sujet me semblait bien trop resserré, je ne sais si l'auteur y évoquait l'étrange texte de Dionysios Solomos, La Femme de Zante, dont la rédaction fut plus ou moins contemporaine du second siège de Missolonghi qui eut lieu en avril 1826 par l'armée turque d'Ibrahim Pacha. Juan Asensio
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La Quinzaine littéraire, n°1004, décembre 2009 Écrire et aimer : Jean Rounault Voici un récit écrit en chapitres courts, chacun représentant une scène emblématique qu'on peut prendre comme accusation d'un état de choses. Mais ce n'est pas cela qui résulte au final de la lecture. Autre chose de plus fort et de plus beau.
[…] « Il me reste d'expliquer les circonstances de mon “voyage” en URSS. En janvier 1945, soixante mille citoyens roumains des deux sexes furent “requis pour le travail” en Union soviétique. À la suite d'un malentendu, je fus du nombre. J'aurais tort de me plaindre. Grâce à une erreur de la NKVD j'ai pu participer à la vie quotidienne des citoyens soviétiques. C'est là pour un “Occidental” un véritable privilège, car, comme chacun sait, n'obtient pas qui veut un visa pour l'URSS. » […] « Je voudrais savoir pouquoi, dans le pays de Lénine, on ne donne rien à manger […]. Je ne me souviens pas d'avoir vu quelque part un mendiant aussi misérable que ces ouvriers en loques. » Et là éclate tout le talent de Rounault. Simplicité et précision de l'écriture. D'où découle toujours la vérité. À moins que ce ne soit un mouvement inverse : netteté et vérité d'un regard et d'une conscience, d'où viennent la simplicité et la précision de l'écriture. C'est en effet un style cursif et incisif où chaque mot touche des profondeurs. Témoigner et restaurer la vérité. Il y a l'horreur, la folie, la mort, le sublime, la gaieté, l'ironie, la bienveillance, l'indulgence, le possible dans l'impossible : le tout lié, à l'inexplicable façon russe. Et d'emblée un élan de sympathie, un homme sans autre demande que de toujours rencontrer d'autres hommes, sans autre gratitude que d'avoir pu les rencontrer et partager leur maigre pain et leur faim, et cette nourriture plus substantielle et cette faim plus nourrissante : une pensée libre. Mon ami Vassia. […] Christian Mouze
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La Liberté, 28 novembre 2009 Je me souviens… plus ou moins Témoins de l'infamie. Surprenant témoignage que celui de Jean Rounault, Mon ami Vassia, souvenirs du Donetz, paru en 1949 après sa détention dans le camp soviétique de Makeevka. De son vrai nom Rainer Biemel, ce fin lettré roumain, traducteur de Kafka et de Thomas Mann, antifasciste, eut le malheur de porter un nom allemand. Les Soviétiques l'arrêtèrent en janvier 1945 et le déportèrent dans un wagon à bestiaux jusqu'au « Donetz », le camp de concentration « made in URSS ». […] Sans doute le premier du genre, ce récit documente l'absurdité et la méchanceté banale envers tous ceux dont le seul crime aura souvent consisté à douter du sacro-saint système. Ça n'a l'air de rien, mais ce témoignage du quotidien glace le sang au fil des pages, tant l'individu calibré par Staline n'a aucune existence, aucune matière et encore moins d'intérêt. Sans doute l'un des meilleurs livres à relire pour comprendre en quoi nazisme et stalinisme sont pareils en leur déshumanité. […] Jacques Sterchi
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Un nommé Chesterton, 25 novembre 2009
Sur le site Fabula, la recherche en littérature, Laurent Folliot consacre un long article à la publication dans une édition bilingue de L’Anneau et le Livre de Robert Browning aux éditions Le Bruit du temps. […]. C'est l'occasion de signaler que le même éditeur, poursuivant un travail remarquable, publie également la biogaphie de Chesterton sur Browning, dans une édition de grande qualité. C'est un véritable événement qu'il faut saluer et sur lequel nous reviendrons évidemment. L'éditeur a choisi – à raison selon nous – de demander une nouvelle traduction, en y ajoutant l'index qui était présent dans l'édition anglaise et qui avait été omis dans l'édition Gallimard. L'éditeur a aussi ajouté les textes anglais et les références des vers cités par Chesterton. Sans les erreurs de Chesterton qui avait la mauvaise habitude de citer de mémoire… On trouvera une présentation de cette étude de Chesterton sur le site de l'éditeur. Allez-y et surtout procurez-vous le livre. Un grand moment de bonheur et de littérature.
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The Times Literary Supplement, 20 novembre 2009 A harmless occupation A crime passionnel of wartime and a sustained exercise in the neglected art of comprehension
[…] Georges Connes (1890-1974) had begun his translation in the dark years of 1942-3 ; he was in the Resistance, and remarks that his task enabled him to give a bland, disarmingly dotty reply to the recurring question “What are you doing ?” – “I'm translating The Ring and the Book.” A harmless occupation during the Occupation […]. Welcoming General de Gaulle to Dijon was no more than an “interesting episode” in his life ; it is by translating The Ring and the Book that he has “really touched something great”. […] [Conne's] preface to the 1959 volume […] is reprinted, along with his Étude documentaire, in the magnificent new edition from Le Bruit du temps, learnedly, judiciously and wittily introduced by Marc Porée (Professor of English at the Sorbonne Nouvelle), and with a brief and moving memoir by Pierre Connes, the translator's son, who remembers escaping from his homework and hiding under the kitchen table while his father read aloud to his mother the latest instalment of l'affaire Franceschini. The translation is printed facing the English original ; when I first learnt this I wondered whether readers would need a mechanical aid sumply to lift the book, since Browning's poem by itself is twice the length of Paradise Lost ; but the volume, for all its bulk, is beautifully produced, shapely and usable. The openings fall naturally at every point, the pages are thin but don't crumple as you turn them, and the typography is sharp and clear. I stress these material features not simply because they are important in themselves but because they honour the materiality which is so central a theme in the poem. […]
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Dernières nouvelles d'Alsace, 15 novembre 2009 Die Poesie ist selbst Weinberg… […] Im Ammann Verlag, in dem er eine zehnbändige Ossip-Mandelstam-Gesamtausgabe herausgab und eine viel beachtete Mandelstam-Biographie veröffentlichte (« Meine Zeit, mein Tier », 2003) erschienen unter anderem seine Essays über Poesie mit dem kennzeichnenden Titel « Nichts als Wunder » (2007). Dort war auch der Gedichtband « Novalis im Weinberg » erschienen (2005), aus dem Ralph Dutli eine Textauswahl in die zweisprachige Anthologie « Novalis au vignoble et autres poèmes » übernahm, die im Herbst dieses Jahres bei « Le Bruit du temps » herauskam. […] Emma Guntz
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Les Lettres françaises, 7 novembre 2009 Le mystérieux Jacques Callot Quoi de plus difficile que de conjuguer l'histoire de l'art et la fiction ? En la matière, peu de romans, après Balzac et Zola, sont parvenus à ne pas tomber dans les pièges du genre. […] On peut y ajouter le Renard-Pèlerin de Paulette Choné. Elle a eu l'ambition de faire une « biographie apocryphe ». On découvre le jeune Jacques Callot élève de Jacques Bellange, décorateur du duc de Lorraine, immense graveur et dessinateur d'une folle originalité. Il se rend ensuite à Rome en 1608 pour étudier auprès des Flamands exilés puis s'installe à Florence […]. L'auteur s'est efforcé, dans une langue superbe, de pénétrer la pensée du grand créateur à l'âme tourmentée qui a désiré restituer le monde troublé et violent où il a vécu, avec ses conflits armés, ses chasses aux sorcières, ses cruautés sans nom et sa pauvreté : pour lui, dit l'écrivain, « le monde est à écrire ». Ce monde nous est parvenu dans toute son horreur et toute sa beauté grâce au magistral exercice d'écrire auquel s'est livré Paulette Choné. […] Georges Férou
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Livres Hebdo, n°796, 6 novembre 2009 Du bruit pour Lawrence Antoine Jaccottet publie une intégrale des nouvelles de D.H. Lawrence. Après Ossip Mandelstam, David Herbert Lawrence est le deuxième maître emblématique des jeunes éditions Le Bruit du temps, créées par Antoine Jaccottet. Lorsqu'il travaillait chez « Quarto », Antoine Jaccottet avait déjà piloté un volume consacré à Femmes amoureuses de D.H. Lawrence. Aussi était-il logique que, sitôt installé à son compte, il exprimât derechef sa « passion » pour l'auteur de L'Amant de Lady Chatterley, arbre qui cache la forêt d'une œuvre considérable et encore mal connue en France. Le 27 novembre, Le Bruit du temps publiera donc Étreintes aux champs et autres nouvelles, tome I d'une intégrale des nouvelles de Lawrence. Une première ici, où les nouvelles composées par l'écrivain anglais, une centaine, sont « très éparpillées entre différents éditeurs, explique Antoine Jaccottet, et souvent fort mal traduites ». Ainsi, selon les spécialistes, des Nouvelles complètes en deux volumes, parus en 1986-1988 dans les « Classiques Garnier » et aujourd'hui épuisés. La nouvelle version reprend, pour l'essentiel et dans un ordre chronologique, l'édition scientifique de référence, celle de la monumentale Cambridge Edition of the Works of D.H. Lawrence, quarante volumes parus jusqu'à présent, depuis 1981, aux Cambridge University Press. La traduction a été confiée à Marc Amfreville. Antoine Jaccottet signale qu'il publiera également ses Croquis étrusques au printemps 2010. Étreintes aux champs et autres nouvelles rassemble les nouvelles écrites par Lawrence entre 1907 et 1913, et qu'il n'a pas lui-même reprises dans son premier recueil publié, L'Officier prussien et autres nouvelles, qui constitue le tome II de l'entreprise, à paraître en 2010. Six volumes sont prévus jusqu'en 2015.
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L'Alamblog, 4 novembre 2009 Dionysios Solomos Fable mythologique ou malédiction moderne, La Femme de Zante est un curieux poème grec de l'Hellène Dionysios Solomos disparu en 1857, poète national aussi respecté de son vivant que peu publié. Lui accorder le rang de héraut du peuple aura fait partie, selon Gilles Ortlieb, de sa propre malédiction. Un vrai « type » de poète. Et ce type a laissé à sa mort cette étrange Femme de Zante toute d'imprécation et de bile dont les versions sont aussi nombreuses que possible. On comprend donc que cette publication en français est une gageure, d'autant que le poème, parfois sous-titré Le Songe prophétique du moine Dionysios, était resté inachevé, ou plus exactement fut conclu par son auteur longtemps après sa rédaction dans une tonalité très différente qui le rend in fine un tantinet plus mystérieux qu'il n'est déjà. Alors ? Alors, La Femme de Zante ne manque pas de sel. Nous avons eu plaisir à faire sa connaissance, bien éberlué de découvrir sa terrible figure et nous remercions Gilles Ortlieb de son entremise et son éditeur de son audacieux amour des lettres. Le Préfet maritime
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Pages d'écriture, n°74, novembre 2009 La Femme de Zante de Dionysios Solomos Étrange figure que ce Solomos, adulé de ses compatriotes, statufié en père fondateur de la poésie grecque moderne, mais qui laissa la plupart de ses œuvres inachevées. La plus étrange est assurément celle-ci, écrite autour de 1830, remaniée plusieurs fois, jamais terminée elle non plus et publiée un siècle plus tard. Nous sommes au temps de la guerre d'indépendance contre les Turcs. La figure centrale est une mystérieuse femme, traître à sa patrie, dont la laideur morale est figurée par celle de son corps. Un narrateur, un moine, dit tantôt ce qu'il a vu, tantôt ce qui se passera plus tard, nous décrivant le siège de Missolonghi par les Turcs dans un style d'Apocalypse. Ce qui rappelle un autre texte de la même époque, Visions et miracles du vieux général Makriyànnis devenu à moitié fou, mêlant faits réels et hallucinés. Sacrés Grecs. Un vent de folie parcourt aussi cette Femme de Zante, un vent dont l'amertume, la véhémence noire sont en partie apaisées par la noblesse d'une langue pourtant simple et rude, entre prose, vers et verset, que Gilles Ortlieb traduit avec l'élégante précision qu'on lui connaît. Le même Ortlieb signe une belle et substantielle préface, indispensable pour approcher cette œuvre venue de si loin — bien que la distance entre elle et nous, sidérale, ne fasse que renforcer finalement son charme étrange. Et puisque nous en sommes à saluer les éditeurs, coup de chapeau à celui de cette Femme de Zante, Antoine Jaccottet, dont on connaît le flair, l'audace réfléchie, la rigueur. Et longue vie à ses éditions, Le Bruit du temps. Michel Volkovitch
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La Liberté, 24 octobre 2009 Dionysios Solomos : Curiosité à la grecque Paru au XIXe siècle, sous la plume d'un mystérieux écrivain grec, Dionysios Solomos, promu poète national, La Femme de Zante est une énigme formelle : est-ce une fable misogyne, un flamboyant poème en prose sur la tentation du Mal, une métaphore politique de l'occupation britannique d'alors ? Qu'importe : ce texte étrange est narré par un moine égaré, luttant contre le Malin incarné, peut-être, par une femme, la femme de Zante. Un petit bijou décadent tant la sécheresse théologique y alterne avec des visions extatiques et cadavériques d'une force peu commune. Un livre qui, malgré sa brièveté, ne cesse d'accélérer jusqu'à l'hallucination finale à vous faire frissonner… Jacques Sterchi
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L'Écho des Vosges, 23 octobre 2009 Deux Lorraines écrivain(e)s Renard-Pèlerin de l'universitaire P. Choné se présente comme les « mémoires de Jacques Callot écrits par lui-même ». Le titre est tiré d'un dessin du maître de l'eau-forte qui troque le poinçon pour la plume au soir de sa trop courte vie. Cet « écrivain français » a réalisé « plus de 1500 gravures, au moins autant de dessins », précise l'auteur dans sa postface. Né et mort à Nancy (1592-1635), Callot a bien sûr voyagé : en Suisse, à Rome, à Florence, dans les Pays-Bas et à Paris. On le suit aussi dans sa Lorraine indépendante et tant convoitée par la France voisine : Bainville (« notre maison des champs ») et la vallée du Madon, le comté de Vaudémont, de Houdemont (aux « coteaux couverts de vergers et de vignes ») à Saint-Mihel… On rencontre sa famille, le duc Charles III, Israël Henrriet, Bellange, Deruet, Pierre Woeriot, « le bon voyageur de Neufchâteau », et d'autres amis. Il est question bien sûr de ses œuvres et techniques, de la peste et des misères de la guerre. Tout est vrai ou vraisemblable dans ce « livre de déraison » rédigé pour sa « Mie ». On apprécie les affirmations (« Le monde est à écrire », « Le paysage tutoie le piéton »…) de celui qui éprouve « la douceur d'être vivant ». Quant à la langue prêtée à Jacques Callot, elle suggère habilement la personnalité de l'artiste subtil pour lequel tout est dans le renard-regard. Du grand art.
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Rehauts, n°24, automne-hiver 2009 Ossip Mandelstam : Le Timbre égyptien Est-ce parce que le présent était instable et sans abri que Mandelstam eut recours à Gogol via Dostoïevski pour écrire Le Timbre égyptien, c'est-à-dire à la tradition comme nous le signale Ralph Dutli (le préfacier) et comme nous l'explique plus en détail Clarence Brown (le postfacier) ? Quoi qu'il en soit, cette trame empruntée à la tradition s'avère déchirée, pratiquement en lambeaux comme si la tradition telle quelle était inutilisable dans et pour les temps présents. Le décor temporel du Timbre égyptien est l'année 1917 : Des mencheviks partisants de la défense nationale vont de maison en maison, organisant le service de nuit sous les portes cochères. La vie est terrible et belle ! La tradition, pour tout dire, est complètement cassée. […] Jacques Lèbre
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Froggy's Delight, octobre 2009 Ossip Mandelstam : Le Timbre égyptien Il est terrible de penser que notre vie est un roman, sans intrigue et sans héros, fait de vide et de verre, du chaud balbutiement des seules digressions et du délire de l'influenza pétersbourgeoise. L'Aurore aux doigts de rose a cassé ses crayons de couleur. Ils gisent aujourd'hui comme de jeunes oiseaux, avec des becs beants et vides. Cependant, tout absolument me semble contenir les arrhes de mon délire favori en prose. Si l'on souhaitait mettre ces quelques phrases en forme de sonnet en exergue de la chronique ci-dessous consacrée au poète et essayiste Ossip Mandelstam, c'est qu'elles nous semblent receler à elles seules l'essence même de son écriture, sa richesse, sa beauté jaillissante, sa complexité lumineuse aussi. […] Myriam Aze
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Livres Hebdo, n°793, 16 octobre 2009 Le premier témoin Dès 1949, Biemel-Rounault dénonçait le stalinisme et ses camps. En 1949, paraissait aux édition Sulliver, à Paris, Mon ami Vassia, signé Jean Rounault. Préfacé par le philosophe catholique Gabriel Marcel, qui félicitait l'auteur pour sa « rigueur », et sa « contribution inappréciable » pour « percer à jour le mensonge et les camouflages » du stalinisme, ce livre était un document accablant sur le régime soviétique […]. Rounault maîtrisait parfaitement son sujet : il venait de passer un an dans un camp à Makeevka, dans la région du Donbass (ou Donetz), en Ukraine ! Non pas un goulag, mais un camp de travail où les conditions de vie étaient si exécrables que peu de prisonniers survivaient. […] Mon ami Vassia sommeillait depuis sa réédition chez Plon, en 1952. C'est une excellente initiative de le ressusciter aujourd'hui, dans une jeune maison d'édition créée sous l'égide d'Ossip Mandelstam. Le texte est suivi d'un dossier dû à l'historien Jean-Louis Panné, coauteur du Livre noir du communisme et éditeur de Jan Karski, ainsi que du témoignage d'Anne-Marie Biemel sur son père. Tous deux insistent sur son absence de manichéisme, son amour d'un peuple russe de nouveau victime de la pire des tyrannies. Et l'histoire, bien sûr, lui a rendu justice.
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I Kathimerini (Grèce), 14 octobre 2009 La Femme de Zante en français, 2e tentative Traduire en langue étrangère la prose poétique de Dionysios Solomos, La Femme de Zante, voilà une tâche particulièrement ardue, dont vient pourtant de s’acquitter Gilles Ortlieb, philhellène et traducteur. Spyros Giannaras
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Lexnews, août 2009 Dionysios Solomos, La Femme de Zante La Femme de Zante est un récit bien étrange sous la plume du poète « national » grec Dionysios Solomos (1798-1857). Celui qui fut l’auteur du fameux Hymne à la liberté, et dont les huit premiers vers deviendront l’hymne national grec après sa mort, composa un texte surprenant à mi-chemin entre vision apocalyptique et révélation oraculaire. S’il manque peut-être à ce texte la dimension mystique de l’Apocalypse de saint Jean auquel on le compare parfois, l’aspect augural qui l’inspire lui confère cependant cette évocation d’un monde tourmenté qui annonce le pire. Dionysos Solomos a conçu une narration mettant en avant un personnage mystérieux, cette femme qui réunit des qualifications contraires, jeune et vieille, que l’on écoute et que l’on fuit. Le narrateur lui-même, un moine portant le même prénom que l’auteur, ne saurait avoir un jugement tranché : il la craint, c’est évident, il en a peur, c’est une certitude, mais quelque chose d’ineffable le retient de la condamner à tout prix. […] Cette belle édition illustrée offre avec cette traduction de Gilles Ortlieb (traducteur de Cavafy, Séféris, Mitsakis…) un texte original de cette œuvre particulière dans la création du poète. […]
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Le Figaro, hors-série, octobre 2009 Chardin et Rembrandt par Marcel Proust On connaît les pages de La Recherche sur le maître de Delft. On sait moins qu'à 24 ans le jeune Proust rédigeait un article qui resterait inachevé, comparant le génie de Chardin (qui rend une poire aussi vivante qu'une femme) à celui de Rembrandt (qui dépasse les choses pour éclairer les âmes). Les éditions Le Bruit du temps ont eu la belle idée de publier cette ébauche en un très joli petit livre présenté par Alain Madeleine-Perdrillat. Vincent Tremolet de Villers
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Le Matricule des Anges, n°107, octobre 2009 Les affinités électives Bâti comme une chambre d'échos, Le Bruit du temps, fondé par Antoine Jaccottet, s'affranchit des genres établis pour offrir une première ou seconde vie à des œuvres – toujours contemporaines. De sa voix douce, l'homme parle de défi, de passion, de patience. Et se réjouit de l'accueil réservé à sa maison d'édition, lancée en mars dernier. […] J'aime cette phrase souvent citée d'André du Bouchet : « j'écris aussi loin que possible de moi ». Cela ne signifie pas du tout, dans mon esprit, que « le monde soit fait pour aboutir à un livre » comme l'a écrit Mallarmé, c'est plutôt, à mon sens, que le livre, lorsque l'alchimie a eu lieu, a le pouvoir de rendre le monde extraordinairement présent. Comme le dit Pierre Oster, la littérature est une « machine à indiquer l'univers ». […] Je ne suis pas un arbitre du goût. Je ne défends pas une sorte de classicisme figé. Je ne suis ni un bibliophile, ni un rat de bibliothèque. Je ne veux pas que la maison d'édition soit assise sur un patrimoine… Browning, Auden ou Mandelstam, ce sont des œuvres tellement inventives. […] Il n'échappera à personne que le respect pour la chose littéraire se perd. Mais c'est moins un refus qu'une affirmation que nous défendons : il est encore possible de s'intéresser à des livres exigeants – qui demandent du temps. Je crois à la résistance de petits bastions de lecteurs. Propos recueillis par Philippe Savary
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RiLi, n°13, septembre-octobre 2009 Browning, poète nécromant En 1869, Robert Browning, alors au sommet de sa gloire, publie The Ring and the Book, épopée en vers blancs contant un sordide assassinat dans la Rome des années 1690. Laurent Folliot revient ici, à l'occasion de la publication de la traduction qu'en a proposé Georges Connes, sur cette œuvre poétique hors norme qui, par son style, sa construction, mais aussi sa précision documentaire – Browning s'appuyait sur les minutes du procès – tient une place unique dans la littérature britannique.
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Revue des deux mondes, septembre 2009 Le Timbre égyptien, Ossip Mandelstam Le Timbre égyptien est un récit écrit par Mandelstam en 1927-1928, une période où l'écrivain, considéré comme un paria par la critique soviétique, a renoncé à la poésie. Le contexte transparaît de manière obsédante dans ce texte placé pourtant sous le signe du jeu et de la fantaisie. Au centre du récit, Parnok, personnage gogolien et chaplinesque, gêneur inquiet, toujours en mouvement, détesté des femmes et des enfants. […] Le texte est accompagné de notes, d'une préface de Ralph Dutli et d'une postface de Clarence Brown, dont on saluera les éclaircissements historiques, aussi utiles que passionnants. Pierre Lecœur
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Ouest France, 3 septembre 2009 Mémoires de Jacques Callot Elle aurait pu écrire la biographie de Jacques Callot. Mais l'auteure, Paulette Choné, spécialiste d'histoire de l'art des XVIe et XVIIe siècles, professeur à l'université de Bourgogne, a préféré laisser le soin à l'illustre graveur lorrain (1592-1635) de se raconter lui-même. Elle l'imagine donc rédigeant ses mémoires, seul, à la veille de mourir. L'éditeur, Antoine Jaccottet, souligne « le tour de force particulièrement réussi » par Paulette Choné. C'est, en effet, admirablement écrit et on entre, d'emblée, de plain-pied dans ce récit.
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Le Matricule des Anges, n°106, septembre 2009 Le noir et l'éclat En imaginant les Mémoires de Jacques Callot, Paulette Choné donne aux ombres d'une vie vouée à la gravure, une transparence quasi sonore. Célébré par Hoffmann, par Aloysius Bertrand ou par Alberto Giacometti, fasciné par le « grand vide » dans lequel il fait gesticuler, s'exterminer et s'abolir ses personnages, le graveur Jacques Callot – né en 1592 à Nancy – est de ces maîtres à l'art aussi immédiatement pénétrable qu'indéfiniment mystérieux. Auteur, en dépit d'une vie plutôt brève (il meurt à 43 ans), de plus de 1500 gravures et d'au moins autant de dessins, sa vie releva longtemps du légendaire, et l'image d'un Callot picaresque perdure encore. Mais plutôt que d'écrire sa biographie, Paulette Choné – philosophe et spécialiste de l'histoire de l'art des XVIe et XVIIe siècles – a préféré le laisser se raconter lui-même. Elle l'imagine donc, seul, à la veille de mourir, s'adressant à l'aimée et se souvenant. À la première personne, et en 87 séquences, ces Mémoires apocryphes se présentent comme une succession de souvenirs datés, localisés et revécus avec émotion. […] Surprendre ce qui surgit, suivre son coup d'œil comme son caprice et sa fantaisie – « Ma pointe me fait souvent penser à l'instrument au moyen duquel on élargit la blessure pour y porter remède » –, c'est l'esprit même de ce qui habite l'âme et la main de Callot que nous fait partager Paulette Choné. Avec sensibilité et un sens étonnant de l'empathie. Richard Blin
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Valeurs actuelles, 13 août 2009 Renard-Pèlerin de Paulette Choné Dans un texte inspiré, Henri Focillon (1881-1943), bourguignon et grand historien de l’art, voyait en Jacques Callot, graveur et peintre lorrain du début du XVIIe siècle, « un écrivain français » qui « tient sa pointe comme une plume à écrire ». Mais en dehors de l’œuvre gravé de Callot, il ne reste que quatre lettres. Une lacune qui a incité l’auteur, la meilleure spécialiste actuelle du grand dessinateur, à rédiger ces mémoires apocryphes. Lorsque les universitaires se lancent dans le roman historique, le pire est à craindre. Disons tout net que Paulette Choné a réalisé un chef-d’œuvre. Non seulement elle ne verse ni dans l’anachronisme ni dans le pastiche, mais elle a conçu ces mémoires comme l’art de Callot, un art parfaitement maîtrisé et méthodique. Coule une musique originale, à nulle autre semblable, que l’on conserve en tête, longtemps après avoir quitté ces pages. Frédéric Valloire
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Lexnews, août 2009 W.H. Auden, La Mer et le Miroir Les échos des tempêtes terrifiantes longtemps perdurent après le silence revenu. Le miroir de Wystan Hugh Auden (1907-1973) renvoie cette image incessante de nos échouages et de nos doutes soulevés par les flots déchaînés. Bruno Bayen dans son introduction à l’œuvre rappelle que Shakespeare invitait le public à interroger l’issue de la pièce qui se concluait en forme d’ouverture. W.H. Auden a relevé ce défi en écrivant ce « commentaire », le mot est faible, de la célèbre Tempête du grand poète et dramaturge britannique. La préface de ce long épilogue rédigée par Auden ose cette question : « Oh quelle autorité donne sa surprise à l’existence ? » à laquelle quelques lignes plus loin une réponse sans réponses tente : « Le monde en fait que nous aimons est une étoffe sans substance : Par-delà le mur tout le reste est silence ; Le silence mûrit, Et mûrir, c’est tout. ». […] Il faut découvrir cette écriture si bien rendue par la belle traduction de Bruno Bayen et Pierre Pachet et les heureux maîtrisant la langue de Shakespeare auront tout à loisir le plaisir de lire le texte original. […]
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La Liberté, 25 juillet 2009 Les sonnets d'Elizabeth Publiés en 1850, tour à tour admirés et oubliés, les Sonnets portugais d'Elizabeth Barrett Browning méritent d'être redécouverts. Poétesse respectée de son vivant, Elizabeth souffre pourtant de maladie. Sa vie de recluse obsédée par la mort d'un frère bien-aimé va être illuminée par la cour que lui fait le poète Robert Browning, de six ans son cadet, et qu'elle finira par épouser. […] Et il est vrai qu'Elizabeth écrit ici, entre doute et sensualité retrouvée, tout le miracle de sa vie : se laisser emporter par l'amour. Jacques Sterchi
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Valeurs actuelles, n°3791, 23-29 juillet 2009 La Mer et le Miroir de W.H. Auden Ce petit livre mêlant poèmes et prose se présente comme un codicille à La Tempête : ni plus ni moins, avec une souveraine simplicité qui impose comme une évidence ou presque cet écho d'Auden à Shakespeare. C’est peu dire qu’Auden risquait gros, et il est d’autant plus admirable qu’il ait su trouver sa tonalité particulière, qui fait de cet écho une œuvre originale, où Caliban, le double récusé de l’auteur, vient parler au public à sa place, lire dans ses pensées à sa façon de mauvais génie, démasquer moins les illusions que le régime de leur nécessité et dialoguer avec son double, Ariel, son antithèse, l’elfe dont la perfection rêvée n’existe que par le désir de sa souffrance à lui, l’hôte pénible de la Terre. Auden nous donne ici son testament artistique, sous la forme d’un manifeste de l’art théâtral. Philippe Barthelet
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La Liberté, 18 juillet 2009 Jacques Callot se raconte Au début du XVIIe siècle, l'un des plus grands graveurs de tous les temps va imposer son art en Europe. Mais si son œuvre a été décortiqué et analysé depuis belle lurette, on ne sait pas grand-chose de la vie de Jacques Callot. Ou plutôt on ne savait pas grand-chose puisque Paulette Choné s'est attelée à un curieux mais remarquable exercice : écrire les mémoires apocryphes de l'artiste. Ainsi Renard-Pèlerin (un titre énigmatique mais qui est rapidement expliqué…) parcourt-il toute la vie de Callot, depuis une fondamentale vision onirique jusqu'aux considérations bouleversantes d'un Callot vieillissant sur la guerre, en passant par l'Italie, les cours des puissants, etc. […] Comme si l'homme Jacques Callot était dissimulé, par petits coups de burin, dans ses œuvres. […] Résultat : un récit brillant, savant, à la langue goûteuse, dans lequel il faut se laisser emmener comme dans une gravure. Jacques Sterchi
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La république des livres, 14 juillet 2009 Louons maintenant un nouvel éditeur Il s'est lancé il y a quelques mois, avec une ambition égale à son exigence littéraire, sous la houlette d'Antoine Jaccottet, à l'enseigne « Le Bruit du temps », nom qui n'est pas sans rappeler Ce peu de bruits d'un poète qui ne lui est pas étranger. Ni l'air du temps, ni l'esprit du temps, mais un zeitgeist qui aurait fait un pas de côté. Des livres particulièrement soignés à tous points de vue, comme on prend soin non d'un malade mais d'un bien-portant que l'on ne voudrait pas voir tomber malade. Qualité du papier, finesse de la typographie, générosité de la mise en page, élégance de la maquette… À croire qu'il a juré de provoquer la faillite des livres électroniques. […] Pierre Assouline
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La Croix, 2 juillet 2009 La Mer et le Miroir de W.H. Auden Publié en 1944 à New York, The Sea and the Mirror est un commentaire de La Tempête, dernière pièce de Shakespeare. Il est ici traduit pour la première fois dans son intégralité. Prospero dans l'épilogue de la pièce de Shakespeare s'adresse au public… « Plus d'art enchanteur, d'esprits qui opèrent. » Auden reprend le propos de son illustre aîné et fait parler tour à tour Prospero, les « seconds rôles », Caliban (un long discours en prose), Ariel enfin. Sous la plume d'Auden, la glose se fait elle-même poème dramatique. Et surtout étonnant art poétique, méditation grandiose sur les rapports de la vie et de l'art, sur le Mal et la « riche incohérence d'une nature tout en failles et en incidents asymétriques ». Patrick Kéchichian
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Lexnews, juillet 2009 Marcel Proust, Chardin et Rembrandt Voici un bien joli petit livre consacré à un texte de Marcel Proust agréablement illustré par les peintures de Chardin et de Rembrandt, à moins que cela ne soit l’inverse ! Le propos du célèbre écrivain, amoureux des arts, est en effet de s’adresser à un jeune homme de fortune modeste qui peut tout aussi bien être Proust lui-même, plus jeune, ou nous-mêmes ses lecteurs… Son propos est d’interroger notre rapport à l’art, non point à l’image d’un critique d’art, mais plutôt comme le ferait un poète ou un esthète émerveillé par la beauté, élevée ou moins noble. […] Notre quotidien est là, empli de beauté et nous ne le savons pas ! […] La postface d’Alain Madeleine-Pedrillat vient à point nommé compléter la lecture de ce texte […]. Pour lui, les grands chefs-d’œuvre et les grands discours ne suffisent pas à remplacer « l’incessant travail de recréation que la beauté requiert » et qui sera particulièrement mis en lumière par le génie de Proust quelques années plus tard lors de la rédaction de la Recherche.
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Est Magazine, 21 juin 2009 Sous les traits de Jacques Callot Paulette Choné imagine les mémoires du célèbre graveur lorrain. Une prouesse. À la quarante-troisième année de son âge, alors que « la mort remue familièrement ses os dans mon lit », Jacques Callot se raconte. Le dessinateur et graveur lorrain, né en 1592, disparu en 1635, cauchemarde. La nuit, lui vient en songe l'un des animaux qu'il aimait croquer : le renard-pèlerin. C'est sous ce panache roux que Paulette Choné, qui a été la commissaire de la grande exposition Callot de 1992, publie les mémoires de l'artiste, célèbre pour ses eaux-fortes sur la Guerre de Trente Ans dont « L'Arbre aux pendus ». Un pari d'autant plus osé (et réussi) qu'elle éclaire le personnage d'une lumière joyeuse, contrairement à l'idée que l'on s'en fait à travers ses œuvres les plus connues. Universitaire, familière de l'époque, Paulette Choné reconstruit l'itinéraire du Nancéien de sa ville natale à Florence, Paris et retour, comme s'il s'agissait d'un feuilleton, en 87 épisodes brefs et très enlevés. Elle s'en explique. […] Michel Vagner
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Le Monde des Livres, 19 juin 2009 Sonnets portugais d'Elizabeth Barrett Browning C'est une histoire d'amour légendaire, qui a inspiré des romanciers, et même des cinéastes hollywoodiens. Celle d'Elizabeth Barrett, poétesse très admirée, vivant malade et recluse à Londres, et qui, après un mariage secret avec Robert Browning, fuit en Italie un père tyrannique. « Si tu dois m'aimer, que ce ne soit pour rien / D'autre que l'amour même », écrit-elle dans l'un des quarante-quatre love sonnets composés en vingt mois, jusqu'à leur mariage, en 1846. Ces poèmes témoignent, sous une forme accomplie (inspirée de Pétrarque), d'un bouleversement intérieur et d'une passion frémissante. Rilke, qui apprit l'anglais pour les traduire, les rapproche des célèbres Lettres portugaises. Claire Malroux, s'appuyant sur le texte du carnet manuscrit, fait entendre dans sa traduction le mouvement de la « parole animée » qu'admirait tant Charles du Bos dans ce « rubis poétique ». Elle cite, dans sa préface, Virginia Woolf qui, saluant l'audace de « Mrs. Browning » – cette « iconoclaste consciente, qu'il s'agisse d'art ou d'amour » – soulignait le caractère novateur de sa poésie. Monique Petillon
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Europe, n°962-963, juin-juillet 2009 Ossip Mandelstam : Le Timbre égyptien Les jeunes éditions Le Bruit du temps nous proposent un volume d'une modernité inoxydable, Le Timbre égyptien, seul récit en prose de Mandelstam. Il s'agit de la reprise, avec les légères modifications qui s'imposaient, de la traduction parue en 1930 dans la prestigieuse revue Commerce, deux ans après l'édition originale. Elle est servie à l'époque par Georges Limbour, proche des surréalistes comme de l'univers onirique du poète, et par D.S. Mirsky, fils d'un ministre de l'Intérieur de Nicolas II, qui connaît tous les membres de la génération exceptionnelle de poètes russes que le siècle XXe sacrifiera. […] Ralph Dutli offre une préface inédite et son regard de spécialiste, et l'on trouvera en postface la reproduction d'un chapitre du grand livre de Clarence Brown : The Prose of Mandelstam. […] La pensée reste tranchante comme le patin. Elle est prête à glisser sur l'époque en train de geler. La ville s'écrie (se crie) sur un jeu d'épreuves humides, non un papyrus desséché. Elle respire toujours le caractère vivace de la culture. À lire cette nouvelle édition française du Timbre égyptien, le désir se ravive : que le Temps fasse le plus de bruit possible. Jean-Luc Despax
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Le Matricule des Anges, n°104, juin 2009 Convulsive alchimie Devenu introuvable, le grand œuvre de Robert Browning (1812-1889), L'Anneau et le Livre, est enfin réédité. Ou comment transformer la boue en or. Traversée du temps, de la mer houleuse des hérédités fatidiques comme de la fausse innocence du mal et de ses enchaînements sauvages, il y a de l'épopée, désublimisée mais flamboyante, dans L'Anneau et le Livre […]. Ce que Browning met en scène, en voix plutôt, c'est la relativité des perceptions qu'une même réalité engendre, le tourbillon des conceptions du monde et des visions qu'un même événement peut susciter. […] Penser autrement qu'en conformité avec ce qui se pense […] c'est aussi montrer qu'on ne peut se contenter de voir l'insupportable du monde avec les moyens de la raison, mais qu'il est urgent de l'appréhender en tenant compte des insuffisances et des infirmités de cette raison. Browning s'y emploie en faisant non pas chanter mais s'affronter nos démons et nos anges. […] Le juger, l'agir, le dire, la quête d'une vérité […] telle est la partition qu'orchestre Robert Browning, en mettant les corps etn état de retentir de tout ce qu'ils ont à dire. Car rien n'est plus théâral que la musique de ses mots, comme si Browning ne les multipliait qu'à seule fin d'en jouir. […] Richard Blin
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Le Matricule des Anges, n°104, juin 2009 Sonnets portugais […] Cet ensemble est une anatomie précise et détaillée de l'amour d'une femme pour un homme. Anatomie, où la pudeur cède la place à l'exigence de la vérité sur soi, et où le souci narcissique de livrer un autoportrait flatteur se voit éliminé par la volonté de saisir l'essence du sentiment. […] Cependant, cette analyse non convenue de la passion dépasse les clichés attendus en la matière, notamment celui de l'amour-fusion. Elle intègre toute la complexité du sentiment, à travers des éléments surprenants […]. La tendance à l'abstraction et au raccourci, des irrégularités ponctuelles et calculées (rimes imparfaites, assonances) de la prosodie, un sourcilleux souci de la musicalité, tout comme l'impatiente liberté de l'esprit qui l'orchestre, expliquent l'admiration pour cet auteur d'une Emily Dickinson, dont deux poèmes dédiés à E. Barrett Browning se trouvent en fin de volume, pour ainsi matérialiser la modernité indéniable de cette écriture. Marta Krol
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La Quinzaine littéraire, n°993, 1er-15 juin 2009 W.H. Auden brode sur La Tempête […] Anticipant sur les constructions ludiques du postmodernisme, Auden nous propose une suite à la pièce, un supplément, une réécriture, une mise à distance, une parodie, bref ce que l'on pourrait décrire comme une « broderie » poétique et critique autour de La Tempête. Pourquoi avoir choisi cette pièce pour réfléchir sur l'illusion dramatique et la magie de la création ? Parce que ces thèmes-là sont au cœur même de La Tempête, la dernière pièce de Shakespeare, qui est très connue, souvent jouée, et que l'on considère comme son « testament ». Elle a, de plus, une valeur particulière pour Auden [qui] voit dans La Mer et le Miroir « mon ars poetica, tout comme je crois que La Tempête est celui de Shakespeare ». […] La mer y joue un rôle essentiel, comme chez Shakespeare : elle engloutit les personnages naufragés pour les faire renaître, et finalement faciliter leur retour au pays, après leurs épreuves. Quant au miroir, c'est d'abord le miroir magique qui crée l'illusion théâtrale et donne une image déformée de la vie. Ces deux métaphores entretiennent des rapports complexes tout au long du drame, où Auden réussit cette gageure de révéler les illusions du théâtre tout en exaltant la magie de l'art. Alain Jumeau
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La Quinzaine littéraire, n°993, 1er-15 juin 2009 Henry James sur Robert Browning Ce nouveau livre nous renseigne sur le poète, et plus encore sur le romancier et ses sentiments à l'égard du poète. La Note de l'éditeur, qui ne comporte que quatre pages, mais constitue une mine d'informations, nous rappelle que toute sa vie, James a été fasciné par la figure de Browning, dont il a découvert l'œuvre très tôt. Tout commence donc par l'admiration d'un jeune homme venue du Nouveau Monde, et passionné de littérature, pour un poète anglais prestigieux, d'une génération son aîné. Browning représente pour lui un modèle de réussite. Mais c'est aussi un modèle esthétique, puisqu'il lui empruntera, pour ses romans et ses nouvelles, certaines techniques, comme la multiplication des points de vue sur les mêmes événements et leur caractère « inconclusif », que l'on peut observer dans L'Anneau et le Livre précisément. […] Avec le recul du temps, la différence de génération s'estompe, et maintenant ces deux grands créateurs apparaissent comme des pairs qui ont su, chacun dans son domaine propre, ouvrir les portes de la modernité. Alain Jumeau
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Lexnews, mai 2009 Paulette Choné, Renard-Pèlerin Jacques Callot (1592-1635) fut un maître incontesté de la gravure et de l’eau-forte dans le premier tiers du XVIIe siècle. […] Renard-Pèlerin, nous laissons au lecteur le soin de découvrir la signification de ce titre mystérieux, est le récit de [s]es Mémoires qui ouvrent les portes de l’univers de l’artiste, mais également de l’observateur averti qu’il fut toujours. Nous accompagnons ainsi l’artiste, chronologiquement et à l’image d’un journal, dans la progression de son art et de son époque. Et là, la magie opère ! […] Car c’est l’effet extraordinaire de ces mémoires proposées par Paulette Choné que de nous faire oublier sa part de responsabilité dans ce récit et d’être persuadé que par sa plume, c’est le célèbre artiste qui s’exprime encore dans ces pages inoubliables. Le Renard-Pèlerin est un livre intense qui laisse cette étrange impression d’une présence ayant traversé les siècles et dont il est difficile de se défaire après lecture…
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Le Figaro littéraire, 21 mai 2009 Proust au musée
PROUST avait écrit sur la peinture longtemps avant d’évoquer Botticelli, Vermeer de Delft, Giotto, Renoir dans La Recherche. C’était en 1895 ; il avait vingt-quatre ans, et s’apprêtait à composer Jean Santeuil. Il rédigea deux petites études sur Rembrandt et surtout Chardin. Ces textes inachevés, écrits dans la fièvre, retrouvés après sa mort et restés longtemps inédits, plus tard inclus dans son Contre Sainte-Beuve, annoncent le grand œuvre que l’on sait. […] Toutes les œuvres citées par l’auteur sont reproduites en couleurs : La Raie, Le Buffet, Le Bon Samaritain (alors attribué à Rembrandt), Philosophe en méditation… Thierry Clermont
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Télérama, n°3096, 13 mai 2009 La maison de Jaccottet Lancer une maison d'édition exigeante, Le Bruit du temps, en période de récession : le pari pas si fou d'un traducteur […] « J'aime les séries et les constellations, explique Antoine Jaccottet, les livres qui conduisent les uns aux autres. Mandelstam mène à Isaac Babel, Browning à Henry James, etc. Quant à la question de savoir pourquoi il faut retraduire certains textes… La traduction est un art, mais pas une science. » […] « La cohérence d'une maison d'édition apparaît peu à peu, même si elle n'est pas perceptible tout de suite. Il faut se laisser guider par ses passions. » […] « Mon rêve, c'est que cette maison d'édition fonctionne bien et que, dans quelque temps, on fasse le portrait de mes auteurs plutôt que le mien… » Gilles Heuré
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Télérama, n°3096, 13 mai 2009 Livres : Robert Browning, L'Anneau et le Livre En 1860, chez un bouquiniste de Florence, le poète Robert Browning découvre un petit livre qui contient les minutes d'un procès portant sur un crime commis en 1697 : reconnu coupable du meurtre de son épouse et des parents de celle-ci, le comte Guido Franceschini fut exécuté un an plus tard, avec ses complices. […] Les faits bruts, l'imagination du poète les transforme en or pur, reconstituant « les cœurs qui palpitaient fort » et « la vérité de la vie humaine ». […] Tout ensemble roman policier et fleuve poétique, L'Anneau et le Livre envoûte, grâce à l'inspiration fabuleuse et rusée de Robert Browning, poète enjambant les siècles, secret complice de Sherlock Holmes et de Merlin. Gilles Heuré
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Les Lettres françaises, 9 mai 2009 L'écrivain et son double Les éditions Le Bruit du temps ouvrent leur catalogue avec une nouvelle de Mandelstam publiée en 1930 dans la revue Commerce et depuis lors complètement oubliée. Le nom Le Bruit du temps étant emprunté à un poème de Mandelstam, cet hommage allait de soi. Marianne Lioust Lire l'article.La littérature dans son essence même Entretien avec Antoine Jaccottet réalisé par Jean-Louis Panné.
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Le Magazine littéraire, n°486, mai 2009 Le Cahier critique • Domaine étranger Gide, Hofmannsthal ou Borges admirèrent avec ferveur L'Anneau et le Livre (1868-1869), mais les lecteurs français sont longtemps restés à la porte de ce texte. La toute jeune maison d'édition Le Bruit du temps débute par un coup d'éclat : rééditer, en la corrigeant autant que nécessaire (c'est-à-dire peu) l'unique traduction parue chez Gallimard en 1959, due à l'excellent angliciste Georges Connes. Cette première édition n'avait été tirée qu'à un petit nombre d'exemplaires et s'arrachait il y a quelques mois encore à plus de 400 euros. Inutile de la chercher désormais : la nouvelle édition est bien meilleure ! Elle est bilingue, contrairement à l'édition originale, et accompagnée d'une magnifique préface de Marc Porée, l'un des meilleurs connaisseurs de la poésie anglaise ; l'impression sur papier ivoire, la typographie d'un goût parfait, la reliure idéalement maniable, en font de plus un enchantement pour l'œil. […] Jean-Yves Masson
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Le Clavier cannibale de Claro, 24 avril 2009 Le problème de James En même temps qu'elles rééditent l'immense L'Anneau et le Livre, de Robert Browning, les éditions Le Bruit du temps ont eu la pertinente idée de publier, en un petit volume, trois textes de Henry James portant tous les trois, mais par trois angles d'attaque, selon trois modes de tir complémentaires, comme par trois meurtrières placées à des hauteur du temps et de l'esprit différentes, sur la cible Browning. […] Claro
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Libération, 16 avril 2009 Browning en vers et en droit
Feuilleton : Fallait-il condamner le comte Franceschini, qui assassina sa femme en 1698 ? Réponse du poète britannique Robert Browning dans L'Anneau et le Livre. Infinis trésors de vérité
Hommage : Une « splendeur » saluée par Henry James.
Deux articles de Mathieu Lindon
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La Quinzaine littéraire, n°990, 16-30 avril 2009 Le chef-d'œuvre de Robert Browning L'Anneau et le Livre se présente comme une œuvre monumentale de 21 116 vers répartis en douze livres. En termes quantitatifs, cela représente environ dix pièces de Shakespeare, ou encore le double de l'épopée de Milton, Le Paradis perdu. Il s'agit en fait d'une épopée moderne – d'une œuvre d'une importance capitale pour le XIXe siècle, puisque dès le mois de mars 1869, un critique de la prestigieuse revue The Athenaeum donne le ton en parlant de « l'opus magnum de cette génération, le suprême chef-d'œuvre poétique de notre époque, le plus précieux et le plus profond des trésors spirituels que l'Angleterre ait produits depuis le temps de Shakespeare ». […] Alain Jumeau
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Le Clavier cannibale de Claro, 8 avril 2009 Quand des cœurs palpitaient fort... […] Mars 2009: Le Bruit du temps publie une édition magnifique de L'Anneau et le Livre, signant ainsi et l'acte de naissance d'une maison d'édition exigeante et le retour en grâce d'un texte qui devrait – enfin – trouver non pas sa place – ce serait trop peu – mais une brûlante demeure sur notre table de chevet, non loin des draps défaits. Browning eut le courage d'aller ravir Elizabeth – ayons la passion de lire ce qui survécut au deuil de leur amour. Et maintenant, éteignez votre ordinateur et filez en librairie. Vous savez ce qu'il vous reste à faire. Claro
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Le Matricule des Anges, n°102, avril 2009 Fracture russe En 1928, soit neuf ans après la première révolution bolchevique, paraît en Russie Le Timbre égyptien. […] Composé de phrases aussi compactes et explosives que des grenades, Le Timbre égyptien nous restitue le martèlement halluciné et kaléidoscopique de perceptions, de l'égarement de Parnok à travers la ville à des réflexions elliptiques sur le métier véritable de l'écrivain confronté au devenir de la Russie d'alors. […] Mais cet anti-héroïsme, héritier de Gogol, Mandelstam le retourne contre lui […] : seule l'audace et l'intransigeance que se donne l'écrivain est & |



































